XV de France – Dany Priso : “Un moment important de ma carrière”

Bâillements à peine revenus, Big absent, la place d’appui gauche semble promise à Dany Priso. L’occasion d’échanger avec lui sur votre parcours et vos objectifs.

Cyril Baille en convalescence et Jean-Baptiste Gros absent, pensez-vous avoir quelque chose à jouer sur ce circuit pour marquer des points ?

C’est un moment important dans ma carrière. Cyssou (Baille) et JB sont absents, tous les regards sont braqués sur moi. Je sais qu’ils m’attendent avec impatience. Mon objectif est de répondre aux attentes du personnel et de moi-même.

C’est beaucoup de pression ?

Non pas du tout. Je ne me mets pas la pression. Je connais mon jeu et je suis accompagné de joueurs de grande qualité. Et puis, je ne vais pas vous mentir, je me bats depuis longtemps pour intégrer ce groupe. Honnêtement, qui n’a pas envie de jouer avec une équipe comme ça aujourd’hui ? Inspirez tout le monde. J’ai eu l’occasion d’être appelé plusieurs fois dans la liste des 42, j’ai eu l’occasion de voir comment vit ce groupe. C’est quand même excitant de pouvoir l’intégrer et de ne pas revenir dans mon club mercredi soir. Aujourd’hui, je suis super excité et je veux juste montrer que le staff peut me faire confiance.

Le fait d’avoir eu l’opportunité de venir travailler régulièrement au sein d’un groupe de 42 joueurs a-t-il facilité votre intégration aujourd’hui ?

Disons que je n’ai pas découvert les systèmes de jeu lundi dernier. C’est quand même appréciable et c’est vrai que c’est plus facile à réaliser rapidement. J’ai aussi eu l’occasion de faire une tournée au Japon l’été dernier. Tous les moments que j’ai passés en équipe de France m’ont servi à être prêt pour le jour J.

Pensez-vous que votre changement de club a eu un impact positif sur vos performances ?

J’avais besoin de me mettre en danger. J’ai pris un risque et j’en suis content aujourd’hui. J’ai passé six années merveilleuses à La Rochelle. Malgré tout, il avait une place importante même si on se battait avec Reda (Wardi). Mais il devait aller chercher autre chose. Quand j’ai signé à Toulon, je savais que Jean-Baptiste (Gros) était là, un joueur de gros calibre, mais j’ai besoin de ça pour monter plus haut.

Son dernier mandat en bleu était en Nouvelle-Zélande lors de la tournée 2018, où l’équipe avait concédé 127 points en trois matchs. Avez-vous tiré des leçons de cette période difficile en bleu ?

Ce fut un moment étrange sur le plan personnel. Je me suis nourri au club, mais on a enchaîné les défaites avec l’équipe de France. Pour être honnête avec vous, quand ils m’ont dit que nous étions premiers au classement mondial après la tournée au Japon, j’étais comme “wow”. Quel changement! Soyons honnêtes, mes débuts en équipe de France sont la période où on touche le fond. Maintenant, pour en revenir à cette tournée, je tiens quand même à souligner que nous n’avons pas perdu une seule mêlée (rires). Il faut le remarquer.

Justement, on met bien souvent en avant votre capacité à vous déplacer mais pas votre tenue en combat rapproché. Quel style de pilier êtes-vous ?

Je vais vous confier un secret : ça me dérange beaucoup quand on ne parle que de ma mobilité. Surtout, jeu de pilier. Et un pilier doit être bon au corps à corps. J’ai l’impression de bien tenir ma mêlée. Évidemment, c’est un exercice que j’ai appris plus tard. J’ai commencé le rugby à 17 ans. Et au début, ils m’ont pris au centre, au troisième rang. Bref, j’ai joué là où c’était nécessaire. Et puis un jour, je devais avoir 20 ans, David Attoub m’a dit : « toi, tu devrais jouer des stacks ». Je jouais au Stade Français à l’époque. C’est comme ça que ça a commencé…

Vous souvenez-vous de vos premières mêlées à l’entraînement ?

Ah ouais, que diable ! Devant moi se trouvait Rabah (Slimani), qui était peut-être le meilleur pilier droit du monde à l’époque. Il m’a tout fait. Soudain, il mangeait la terre; soudain, il volait. Il m’a fait charger, mais c’était toute une courbe d’apprentissage. J’ai commencé par les meilleurs. Cela a aussi façonné mon caractère.

Et tes premiers matchs ?

J’adorais jouer contre de vieux vétérans. Des gars comme Census (Johnston) ou Vadim (Cobilas) qui avaient le vice. Devant des joueurs comme ça, j’ai beaucoup appris. A force d’être martyrisé, je suis devenu plus rusé. J’ai aussi mes propres affaires (rires). Maintenant, je pense qu’ils vont me confirmer dans ma publication.

Vous n’êtes pas issu d’un centre de formation. Vous avez l’impression d’avoir mis du temps à adopter une approche totalement professionnelle ?

Vous savez, mes premiers matchs professionnels avec le Stade Français, j’étais “joueur associatif”. A cette époque, avec un tel statut, on avait le droit de jouer deux matchs professionnels. Pas plus. Ce n’est qu’après mes deux premiers matches qu’on m’a proposé un contrat plein d’espoir. J’avais déjà 20 ans. J’ai dû grandir plus vite que les autres et rattraper mon retard. Aujourd’hui, je sais ce qui me convient et ce qui ne me convient pas. J’ai joué avec une main cassée pendant un an et demi à La Rochelle. J’ai dû piquer mon doigt pour l’endormir, seulement ils m’ont baisé corps à corps. Il ne pouvait pas me serrer la main, ce qui est ennuyeux pour les relations. Je ne le ferai plus aujourd’hui. Je suis plus en phase avec mon corps.

Quand tu repenses à ton parcours, comment te sens-tu ?

Je suis très fier de jouer en équipe de France, de défendre ce maillot. Ce pays m’a adopté quand je suis arrivé du Cameroun à l’âge de 11 ans. La France est un pays qui m’a beaucoup donné et si je peux leur rendre un peu en gagnant un match, je serai le plus heureux.

À quoi aspires-tu aujourd’hui à 28 ans ?

Je veux continuer à performer et être parmi les meilleurs à mon poste. Je sais que j’ai deux grands joueurs devant moi : Cissou et JB. Deux joueurs fils du rugby, qui ont des qualités particulières. Je sais que je n’ai pas le même style. C’est à moi de travailler encore plus dur pour combler mes lacunes.

Est-ce difficile de savoir que dans l’esprit du coach ces deux joueurs sont en tête dans l’ordre hiérarchique ?

Il n’y a absolument aucune pression. L’entraîneur prend ses décisions. S’il pense que Cissou et JB sont meilleurs, c’est à moi de travailler et de lui prouver le contraire. Mais je respecterai toujours vos décisions. Vous savez, quand je suis appelé sur la liste des 42 joueurs mais qu’on me demande de revenir au club mercredi, je suis frustré. Comme tous les concurrents. Mais je suis toujours content de venir. L’année dernière, deux fois, ils m’ont appelé alors que j’allais prendre l’avion pour partir en vacances.

Et donc ?

Eh bien, je suis super content. Simplement. C’est un plaisir de venir en équipe de France. J’ai raté la dernière Coupe du monde. Je l’ai encore dans la gorge, c’est vraiment un souvenir douloureux. Et je peux vous jurer que je ferai de mon mieux pour ne pas en rater un deuxième.

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