un phénomène psychophysiologique (généralement) maîtrisé

Personne, malheureusement, n’échappe à la fatigue. En bonne santé ou touché par une pathologie chronique, personne simple ou sportif de haut niveau, après une intense journée de travail, nous sommes tous confrontés à ce sentiment de ne pas avoir assez de ressources pour continuer à travailler, réfléchir, faire du sport…

Cette sensation de fatigue peut cependant être une bonne chose. En réponse à l’effort physique, lorsqu’il est temporaire et réversible, il contribue à la progression de nos performances. C’est alors une situation normale, qui renvoie au fameux « No pain, no gain » !

Mais ses symptômes peuvent aussi être autant d’indices de la présence d’une fatigue accumulée qui, cette fois, peut avoir des conséquences négatives durables. C’est alors un signal qui nous alerte d’un risque de « surchauffe » et se traduit par une altération de l’activité d’une partie de notre cerveau importante dans la prise de décision : le cortex préfrontal latéral.

Ainsi notre durée d’attention peut être diminuée, de mauvaises décisions peuvent être prises, notre anxiété peut être intensifiée, notre motivation peut diminuer, ainsi que notre mémoire de travail… Le point important est donc l’évaluation du niveau de fatigue : comment faire ? Comment notre corps y fait-il face ? Et surtout… de quoi parle-t-on ?

Une évaluation complexe

Si parler de fatigue est courant, la mesurer reste complexe du fait des multiples indicateurs (objectifs et subjectifs) qui la caractérisent.

différent il y a des méthodes qui se complètent pour essayer de le quantifier :

Mais ce n’est pas tout : car il y a fatigue… et fatigue !

En fait, il est aujourd’hui établi qu’il existe plusieurs fatigues. La pandémie de Covid-19, par exemple, l’a révélé comme un symptôme persistant pour les patientsElle a aussi prévalu chez les soignants en raison de leur surcharge de travail ou chez les personnes qui travaillent depuis chez elles scotchées devant des écrans.

Pour faire face à ces formes de fatigue, il faut identifier laquelle(s) prendre en compte… Mais leurs origines possibles, nombreuses et multifactorielles, ne facilitent pas la tâche. De plus, selon qu’on s’adresse à un type d’expert ou à un autre, la définition retenue pour le phénomène peut varier ! A tel point que, un peu comme dans la fable de l’éléphant et des aveugles, coexistent une infinité de représentations différentes de la « fatigue ».

Concrètement, qu’est-ce que la « fatigue » ?

En bref, la fatigue peut être définie comme une sensation de déficience physique ou cognitive qui peuvent survenir après des efforts musculaires (dans le cas d’une activité physique et/ou sportive) ou cognitifs (lors d’un travail intellectuel ou mental), entraînant des difficultés à poursuivre l’effort.

Cette définition met en évidence deux types de fatigue que l’on pourrait considérer comme indépendantes, physique et mentale, mentionné dès 1891 dans l’ouvrage du médecin italien Angelo Mosso.

  • Selon la taxonomie proposée par Roger Enoka (Université du Colorado Boulder) et Jacques Duchateau (Université libre de Bruxelles), le fatigue physique (musculaire) Elle se manifeste lors d’un exercice physique, provoquant une augmentation de la perception de l’effort pour une puissance ou une force d’un certain niveau (fatigue subjective) et/ou une diminution de la force maximale volontaire après l’effort (fatigue neuromusculaire fonctionnelle).

  • La fatigue mentale (cognitive) fait référence à “un état psychobiologique vécu […] après avoir effectué une tâche cognitive intense et/ou prolongée, caractérisée par une sensation d’épuisement et de manque d’énergie ».

Un jeune homme se frotte les yeux devant son écran d'ordinateur la nuit.
Un effort intellectuel prolongé et intense provoque également une fatigue mesurable.
Image de la Terre/Shutterstock

Phénomène aigu, les deux sont considérés comme “normaux” et disparaissent d’eux-mêmes après guérison. Dans ce contexte, le sommeil est, sans surprise, une phase essentielle de la récupération tant physique que mentale.

Or, la fatigue physique n’est pas que musculaire et la fatigue mentale n’est pas que psychologique…

En fait, la fatigue physique et mentale interagissent plus qu’on ne le pense. Au fur et à mesure qu’une tâche mentale ou physique se poursuit, la fatigue apparaît et se traduit par des adaptations dans l’activité de notre cerveau. On note notamment que le cortex préfrontal (“tour de contrôle” particulièrement impliqué dans nos émotions et troubles de l’humeur, notre mémoire de travail, notre prise de décision, nos motivations et notre concentration) va moduler son activité.

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La fatigue physique et son contrôle

Pour soutenir un effort physique, qu’il s’agisse de marcher, de faire du vélo ou de nager, nous devons faire face à l’apparition insidieuse de la fatigue musculaire. Si on écoutait juste son corps et qu’on s’arrêtait aux premiers à-coups, on n’irait pas très loin…

La fatigabilité neuromusculaire fonctionnelle est un phénomène complexe qui résulte de nombreux mécanismes situés à différents niveaux des voies motrices, du cortex moteur aux fibres musculaires. Elle provient à la fois de facteurs périphériques, qui altèrent la capacité du muscle à produire de la force, et de facteurs centraux, qui influencent la capacité du système nerveux central à activer le muscle.

Ces deux types de facteurs interagissent, via des circuits neuronaux, pour adapter les contractions musculaires au niveau d’effort à effectuer. Plusieurs modèles de ce dialogue ont été proposés, comme le soi-disant gouverneur central » (le cerveau gère) ou la bouffées de chaleur » (accumulation de fatigue).

A cela s’ajoutent des facteurs psychologiques (modèle psychobiologique). Certains sont en effet également capables de réguler la vitesse à laquelle on se déplace, de retarder ou d’accélérer l’arrêt volontaire de l’effort physique.

Notre cerveau doit intégrer tous ces différents facteurs, selon un traitement complexe qui implique plusieurs de ses régions y compris ceux liés au contrôle cognitif. Le résultat est une estimation de notre niveau réel de fatigue et le rapport optimal entre les coûts physiologiques inévitables et les bénéfices attendus de l’effort… Ou comment être fatigué, mais pas trop fatigué selon ce bon stratège.

Quand le jeu en vaut la chandelle, il faut savoir se surpasser. Pour tolérer les signaux désagréables envoyés notamment par nos muscles (douleur, etc.), nous dépendons de diverses informations neurocognitives sous le contrôle du cortex préfrontal – Encore lui. Il est capable d’inhiber d’autres structures cérébrales telles que le cortex cingulaire antérieur (impliqué dans la régulation de la prise de décision, l’empathie…), l’amygdale (réponse à la peur…) et l’insula (conscience, émotions, etc.).

L’esprit, pour ainsi dire, dans limiter notre sensibilité à la réponse affective à un effort douloureuxdomine la matière et la fatigue…

La biochimie de la fatigue mentale

De même qu’un muscle très sollicité s’épuise, un effort intellectuel intense et prolongé génère de la fatigue mentale. L’activité du cortex préfrontal va alors diminuer, au détriment de notre capacité à prendre de bonnes décisions.

Plus impulsifs dans nos décisions, on choisit des bénéfices à court terme plutôt que ceux qui sont plus importants à moyen terme. Loin d’être anecdotique, cette perte de contrôle peut avoir de graves conséquences au niveau médical, aéronautique, etc.

On peut penser que plus la journée avance, plus la fatigue s’installe, si bien qu’on se sent de moins en moins capable de prendre des décisions importantes et de faire des erreurs.

Des observations expérimentales récentes ont montré que Les changements métaboliques dans le cerveau pourraient être à l’origine des effets de la fatigue mentale. En fait, un effort mental important provoque l’accumulation d’un sous-produit de l’activité neuronale, le glutamate. Si ce dernier est l’un des plus importants neurotransmetteurs excitateurs (signal chimique entre les cellules nerveuses) du système nerveux, il peut devenir nocif en trop grande quantité.

Son accumulation dans certaines zones du cortex préfrontal altère le fonctionnement de cette région clé : ce qui perturbe à la fois le raisonnement et la prise de décision, de sorte que nous prenons des décisions plus impulsives que stratégiques -sans que cela soit directement dû à la fatigue subjective-.

Notez également que des quantités massives de glutamate sont impliquées dans ladébut de la migraine et un large éventail de maladies neurologiques.

Et le glutamate n’est probablement pas la seule molécule impliquée dans la fatigue mentale, indissociable des facteurs neurométaboliques.

Apprenez à vous fatiguer sans épuiser vos ressources

La fatigue physique et mentale est donc omniprésente, et notre corps a les mécanismes pour l’évaluer et nous avertir, à travers de notre cerveau, à partir du moment où le surmenage survient…

Nous sommes presque tous inévitablement surchargés de travail à un moment donné. Il suffit que tout s’accumule, professionnellement et/ou personnellement, pour que l’hyperactivité s’installe… Ce qu’il faut éviter, c’est qu’elle devienne permanente, un état délétère pour l’organisme.

D’où l’importance d’être attentif aux signes de fatigue et aux premiers symptômes de non-récupération pour s’arrêter avant le burn-out… Un syndrome qui peut aussi être causé par un entraînement physique excessif – ou surentraînement.

Outre la fatigue physique devenue chronique, les l’athlète ne peut plus atteindre son niveau de performance habituel, même si vous faites une pause. Leurs systèmes d’alerte fatigue sont en panne et des tests vont révéler des changements physiologiques et biologiques : modifications du fonctionnement du système cardiovasculaire, des sécrétions hormonales, etc. Psychologiquement, vous serez aussi plus irritable, déprimé, apathique. Là encore, votre capacité à prendre de (bonnes) décisions sera altérée, du fait de l’activité réduite de votre cortex préfrontal latéral.

Reste à expliquer dans quelle mesure, proportions et durées une surcharge d’entraînement physique induit un dysfonctionnement du système de contrôle cognitif…

Des connaissances qui permettront de développer des méthodes pour prévenir l’apparition du burnout chez les sportifs, et toutes les personnes concernées par ce syndrome invalidant.

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