S’attaquer aux oeuvres d’art, “c’est presque un appel à l’aide”

«Faut-il jeter de la purée de pommes de terre sur un tableau noir pour écouter? Ce tableau ne vaudra plus rien si nous devons lutter pour trouver de quoi manger. dimanche, au Musée Barberini de Potsdam (Allemagne), peinture de Claude Monet broyeurs a été ciblé par des militants écologistes du mouvement Last Generation. Vêtus de gilets orange, les deux militants ont jeté de la purée sur le chantier, protégé par des vitres, avant d’être interpellés.

Déjà le 14 octobre, deux militants écologistes du mouvement Just Stop Oil attaqué le chef-d’œuvre de Van Gogh les tournesols à la National Gallery de Londres. La peinture, qui avait été aspergée de soupe à la tomate, n’était pas endommagée. Mais pourquoi les militants écologique Les actions contre les œuvres d’art se multiplient-elles ? Comprendre, 20 minutes s’interroge Marta Torre-Schaub, directrice de recherche au CNRS et spécialiste du droit de l’environnement et du changement climatique.

Pourquoi les militants écologistes attaquent-ils ainsi les œuvres d’art ?

Ces militants sont en colère contre l’inaction des pouvoirs publics et de la communauté internationale, ils veulent faire passer un message, montrer qu’ils sont concernés. Ses actions suivent une certaine stratégie : elles ne se déroulent pas dans une rue vide ou dans une galerie méconnue, mais dans de grands musées. Ce n’est pas anodin, ils ont choisi des endroits très fréquentés pour être visibles, attirer l’attention et impacter. C’était la même démarche, cet été, pour les actions menées à Roland-Garros Soit dans le Tour de France.

Personnellement, je suis confus. Pourquoi attaquer la culture ? L’art est un des éléments qui caractérise notre humanité, il nous différencie. C’est un peu gênant de s’en prendre à cette partie de l’humanité, alors qu’eux-mêmes veulent se battre pour leur génération, pour la survie de l’humanité sur cette planète en danger.

Ces formes de désobéissance civile se multiplient-elles ?

L’activisme environnemental a chpeut être dans dix ans. Ils ne manifesteront plus devant les sièges des grands groupes énergétiques. contrec’est une autre génération, avec une autre stratégie. Ils savent qu’ils doivent toucher le grand public pour avoir une chance de faire bouger les choses, alors ils le montrent.

Ils ont dirigé la peinture, elle a été préparée, pensée. L’art est universel, il parle à beaucoup de gens, il est pérenne dans le temps, dans l’histoire, donc il est évidemment beaucoup plus percutant.

Le militantisme écologiste a donc rajeuni, pourquoi ?

Il s’agit souvent de lycéens ou d’étudiants qui n’ont pas terminé leur cursus. Ce mouvement a pris un nouveau souffle depuis le lancement de Friday For Future, en 2018, par Greta Thunberg. A cette époque, elle n’avait que 14 ans. Désormais, les jeunes ont un modèle, ce qui n’était pas le cas auparavant.

D’autant plus que les jeunes ont beaucoup plus accès à l’information et que les réseaux sociaux ont largement contribué à ce « rajeunissement ». Bien que ses actions soient spontanées, il y a un effet domino. Une telle communication, une telle coordination n’existait pas il y a dix ans. Du moins pas à ce niveau.

Ces actions, notamment contre les œuvres d’art, ne peuvent-elles pas servir le combat pour la préservation de l’environnement ?

Il y a toujours le risque que certains trouvent que ça va trop loin ou estiment que ce n’est pas nécessaire et qu’il vaut mieux qu’ils essaient de dialoguer. Mais il y a certainement des questions légitimes : ont-ils besoin de jeter de la purée de pommes de terre ou de la soupe de tomates sur les planches ? C’est vraiment nécessaire ? Pourtant, beaucoup comprennent que les jeunes n’ont absolument rien pour faire entendre leur voix, aucun levier d’action si ce n’est le droit de vote. Ils ne savent pas dans quel monde ils vont vivre, comment ils vont le récupérer. Les jeunes sont anxieux. D’une certaine manière, c’est presque un appel à l’aide.

Ces militants veulent que les gens se souviennent du geste et du message. Et c’est par ce geste qu’ils font passer leur message. Quiconque verra cela sera impressionné, ce qui amènera à remettre en question leurs motivations, leur groupe, leur message. Ils obtiennent ce qu’ils voulaient : on s’interroge sur eux.

Il convient également de rappeler qu’il s’agit d’actions pacifiques. Les panneaux dirigés sont protégés par du verre et ne sont pas susceptibles d’être endommagés. Il n’y a pas de dégradation des biens publics ou des œuvres d’art en soi.

Manifester dans la rue, bloquer l’entrée d’une centrale nucléaire ou jeter du fumier devant le siège d’une entreprise… Les anciennes méthodes sont-elles obsolètes ?

Non, il y a des marches, des grèves, des manifestations, des coups de poing, des blocages… Aucune méthode n’est meilleure ou dépassée qu’une autre. Il y a une multiplicité, une gamme de protestations. Par exemple, les jeunes de Polytechnique ont manifesté en 2020 pour s’opposer à la création d’un centre de recherche et développement Total. Les étudiants d’AgroParisTech ont profité de leur graduation cette année demander des travaux “défectueux” “destructeurs” pour l’écologie.

Ils essaient beaucoup, ils expérimentent pour voir la meilleure façon de faire passer le message. On peut imaginer dans le futur qu’il s’inscrira au cinéma, à la sculpture ou à la littérature, tout est possible. Mais nous devrons sûrement attendre d’autres actions dans les mois à venir, pour voir si cela reste pacifique.

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