Quelles perspectives de rentabilité pour les fonds en euros ?

François d'Hautefeuille

François d'Hautefeuille

Le fonds en euros est extrêmement simple et attrayant pour l'investisseur final.  En revanche, il est particulièrement complexe à gérer pour le gestionnaire de fonds, l'assureur et les autorités de tutelle.  (Crédits photos : Pexels - Pixabay)

Le fonds en euros est extrêmement simple et attrayant pour l’investisseur final. En revanche, il est particulièrement complexe à gérer pour le gestionnaire de fonds, l’assureur et les autorités de tutelle. (Crédits photos : Pexels – Pixabay)

Les fonds en euros traversent une crise existentielle. Pour la première fois depuis leur création, elles font face à une période de forte inflation et de hausses de taux historiques. Quel sera l’impact de ce nouveau paradigme de marché sur cet investissement emblématique des Français, tel est l’objet de cet article.

Les encours d’assurance-vie ont dépassé 1,876 milliard d’euros en 2021 selon la FFA (dont 1,3 milliard d’euros pour le fonds en euros).

Les fonds en euros peuvent être considérés comme un produit miracle. Les rendements annuels sont toujours positifs, même les mauvaises années. Le capital est garanti par l’assureur avec un effet de cliquet de performance. L’investissement est liquide et peut normalement être revendu à tout moment. Le rendement annuel est constamment supérieur aux autres placements sans risque depuis 20 ans. La fiscalité est attractive, notamment en matière de succession.

Le fonds en euros est extrêmement simple et attrayant pour l’investisseur final. En revanche, il est particulièrement complexe à gérer pour le gestionnaire de fonds, l’assureur et les autorités de tutelle.

Par quelle « magie » l’assureur transforme-t-il un placement en obligations financières diversifié et donc intrinsèquement risqué en un placement apparemment sans risque ?

On retrouve ici le principe des fonds de rentes qui est aussi à la base des systèmes de retraite à « prestations définies » anglo-saxons et allemands. Elle repose sur l’anticipation de la rentabilité à long terme d’un portefeuille financier et la linéarisation de sa performance par un mécanisme de provisionnement.

Les fonds en euros, une exception française

Les fonds en euros sont donc une véritable spécificité de l’épargne française. L’assureur garantit l’exécution sur fonds propres et par un mécanisme de constitution de réserves d’exécution. Ces réserves de rendement permettent de lisser le rendement lorsque le rendement du portefeuille sous-jacent est très bon, pour être redistribué aux investisseurs en euro du fonds les mauvaises années.

Quels sont les risques des fonds en euros ?

Pour l’investisseur ultime, les fonds en euros apparaissent comme un placement miracle. Cependant, il y a des fissures dans tous ces actifs. Les assureurs ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme, restreignant la possibilité d’investir ces fonds en euros dans les nouveaux contrats (environ 60% des contrats vivants) et optimisant leur offre alternative en unités de compte sur les meilleurs contrats du marché avec des tarifs de plus en plus réduits. voire zéro. frais d’arbitrage pour de nombreux assureurs.

En effet, la chute des taux d’intérêt à des niveaux négatifs jamais vus dans toute l’histoire de l’humanité ont donné une espérance mathématique négative sur les nouveaux investissements, a fortiori si l’on ajoute les coûts de l’assureur et du distributeur. C’est pourquoi les assureurs ont créé de nouveaux contrats permettant d’investir davantage dans des actifs autres que les obligations, comme les actions (contrat en unités de compte et Eurofonds nouvelle génération).

Comment anticiper l’évolution des fonds en euros ?

De nombreux investisseurs s’interrogent sur les perspectives de rendement que seront rémunérés leurs fonds en euros. Pour répondre à cette question, on peut essayer de recalculer le rendement d’un « portefeuille standard » de fonds en euros d’un très grand assureur. Malheureusement nous n’avons que le portefeuille au 31 décembre 2021 car le portefeuille au 30 juin 2022 n’est pas encore disponible.

On peut alors reconstituer la performance d’un portefeuille équivalent à partir des ETF. Cela permet d’estimer la performance du portefeuille sous-jacent. Cependant, les poids sont supposés fixes. Ce n’est bien sûr pas correct. Les frais de gestion ne sont pas pris en compte. Par conséquent, nous avons un rendement qui n’est qu’une estimation approximative du rendement réel du portefeuille.

Le graphique suivant présente la composition du portefeuille sous-jacent reconstitué. Il investit principalement dans des obligations de la zone euro avec une diversification dans l’immobilier et les actions européennes.

Source : Evariste Quant Research, Bloomberg LLP (non responsable de cette recherche).

Source : Evariste Quant Research, Bloomberg LLP (non responsable de cette recherche).

La rentabilité du portefeuille à un an est de -18,35%, à 2 ans -16,38% et à 3 ans -16,46%. La volatilité sur un an du portefeuille est de 7,87%. Le rendement du portefeuille en 2022 est de -18 %. Les principaux contributeurs à cette baisse sont l’ETF euro Aggregate Bonds (obligations de la zone euro) avec une baisse de -11,3% et une contribution de -8,98%. L’immobilier a une contribution de -3,64% pour une baisse de -39%.

Source : Bloomberg LLP et Evariste Quant Research.  Bloomberg LLP n'est pas responsable de cette analyse.

Source : Bloomberg LLP et Evariste Quant Research. Bloomberg LLP n’est pas responsable de cette analyse.

Quelles sont les limites d’une telle étude ?

Nous partons d’un portefeuille statique fin 2021. Les assureurs ont probablement anticipé la crise obligataire et réduit leurs risques. La partie immobilière est en grande partie non cotée. Les moins-values ​​sur actions immobilières ne se répercutent pas nécessairement sur les prix du marché immobilier ou sur les SCPI (pierre à papier). L’ETF Euro Aggregate Bond ETF a une proportion plus élevée d’obligations d’État (Italie, Espagne) que le portefeuille modèle. Il détient une participation minoritaire dans les obligations financières (BNP, Crédit Agricole). On peut donc penser que le portefeuille réel a surperformé notre portefeuille Bloomberg.

A noter que notre étude ne prend pas en compte les clauses de participation aux bénéfices (PPB). Cette provision est calculée par l’assureur en fonction de l’évolution du portefeuille sous-jacent non distribué. Il était compris entre 3% et 6% selon les contrats à fin 2020.

Quelles sont les conclusions de cette étude ?

Les fonds en euros seront confrontés à un effet de ciseau entre le rendement des anciens fonds et les rendements alternatifs d’un investissement en revenu fixe à court/moyen terme. C’est une situation jamais vue par les assureurs depuis 20 ans. Il est vrai que les réserves accumulées permettront d’absorber une partie des pertes de 2022. Ukraine

Source : Fédération Française de l'Assurance.

Source : Fédération Française de l’Assurance.

Quelles sont nos recommandations ?

Nous n’utilisons plus les fonds en euros comme actif sans risque pour nos allocations d’actifs. Nous préférons utiliser des fonds monétaires comme AXA à court terme. La rentabilité de ces fonds sans risque augmente à chaque hausse des taux de la BCE, comme le montre le graphique suivant. Les marchés anticipent une stabilisation des taux autour de 3% dans les mois à venir. A noter que la rentabilité de ces fonds monétaires est déjà passée de -0,5% l’an dernier à +1% cette année, et cette hausse devrait se poursuivre de l’avis de la BCE elle-même.

Evolution des taux Euribor 3 mois. La BCE a fortement relevé ses taux. Les marchés anticipent un pic autour de 3% en septembre 2023.

Source : Bloomberg LLP et Evariste Quant Research.  Bloomberg LLP n'est pas responsable de cette analyse.

Source : Bloomberg LLP et Evariste Quant Research. Bloomberg LLP n’est pas responsable de cette analyse.

Nous y voyons une belle opportunité pour les détenteurs de fonds en euros de revenir à l’investissement obligataire à court/moyen terme (entre 3 et 5 ans). Cela peut se faire au travers de fonds obligataires à échéance 2025/2027, de dépôts à terme, de mandats de compte-titres, ou d’achats d’EMTN auprès de grandes banques comme le Crédit Agricole et la BNP (cf.

notre article Boursorama sur ce sujet

).

Quand vendre ses fonds en euros ?

Il est recommandé de vendre vos fonds en euros après la fin de l’année civile. Pour éviter des allers-retours trop fréquents affectant la gestion du portefeuille et donc la performance du portefeuille, les assureurs versent un faible rendement mensuel au cours de l’année civile avec un retour sur investissement au début de l’année suivante calculé sur la base de la performance du portefeuille sous-jacent diminuée des réserves qui l’assureur doit faire face à des crises futures (approche value-at-risk). L’ACPR et la Banque de France contrôlent le montant des réserves et du capital de l’assureur selon une approche value-at-risk (recherche de la perte maximale en cas de crise financière majeure). Le cas échéant, la Banque de France peut demander à un assureur de réduire la prestation payée dans le contrat ou de recapitaliser ses fonds propres.

La loi Sapin 2 permet également à la Banque de France de bloquer les sorties de fonds en euros en cas de pertes de fonds en euros mettant en danger les actifs des assureurs et donc de l’ensemble du système financier français. Cette loi n’a jamais été appliquée à ce jour.

conclusion

Les fonds en euros sont un investissement très réussi pour les Français depuis 20 ans. Ils leur ont permis de capitaliser sur la grande déflation qui a vu l’inflation et les taux chuter de près de 10 % vers 1989 à 0 % vers 2020. en Ukraine (crise énergétique majeure) ont complètement bouleversé le paradigme de l’investissement.

Le risque pour les retraités français est d’être à nouveau sacrifiés comme leurs ancêtres en 1914 ou 1939. L’inflation, or des fous, redistribue lentement, sûrement et furtivement l’héritage des Français entre rentiers et entrepreneurs (c’est-à-dire emprunteurs), entre détenteurs d’actifs financiers. actifs et les détenteurs d’actifs immobiliers (forêts, terres agricoles, immobilier provincial).


Cette analyse financière n’est pas un conseil en investissement. Evariste Quant Research et ses clients peuvent détenir les titres mentionnés dans cette analyse.

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