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Après une campagne de qualification médiocre pour la Coupe du monde au Qatar, le Mexique préfère se passer de Javier Hernández. Il faut dire que le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale traverse une mauvaise passe.

La semaine dernière, un but dans le temps additionnel pour LAFC a mis fin à la saison de Javier “El Chicharito” Hernández. Il s’agissait d’un derby de Los Angeles, demi-finale de la Conférence Ouest, où le Galaxy, la franchise dont il défend les couleurs depuis 2020, a fini par s’incliner face à celui arbitré par son compatriote, Carlos Vela. Ces deux-là ne verront pas la Coupe du monde, ceux qui il y a quatre ans étaient les têtes de gondole d’un Tri qui allait faire sensation en renversant l’Allemagne en début de Coupe du monde en Russie (1-0). L’un a choisi de mettre un terme à sa carrière internationale, tandis que l’autre, bien qu’étant le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale, n’a pas été convoqué depuis trois ans. Et Gerardo “El Tata” Martino, l’entraîneur argentin du Mexique, n’envisage pas du tout une expédition de dernière minute au Qatar. La raison ? On ne le retrouve pas dans les performances du Mexicain Pippo Inzaghi. Loin d’être terminé, le natif de Guadalajara, âgé de 34 ans, a touché le filet 17 fois en 30 matchs cette saison.

C’est vrai que marquer des buts contre San José ou Montréal n’a pas la même valeur que de le faire au plus haut niveau européen, comme j’en avais l’habitude avec le diables Rouges ou même pendant son court passage au Real Madrid (2014-2015), mais cela devrait largement suffire pour être sélectionné avec El Tri. Le réservoir au Mexique est aussi si pauvre en buteurs que Martino a fini par appeler son compatriote récemment naturalisé, Rogelio Funes Mori, du Rayados Monterrey, qui n’a pas du tout convaincu lors de ses huit apparitions, pour un maigre but.

orgie rapportée

L’histoire de la défaite d’El Chicharito remonte, en effet, à septembre 2019. Le Mexique disputait alors deux matches amicaux aux Etats-Unis, et entre une victoire contre les Etats-Unis (3-0) et une gifle de l’Argentine (0 -4 ), plusieurs internationaux prennent du bon temps à New York, à l’heure du brunch, mais dans un environnement qui donne à penser que l’horloge sonne deux ou trois heures du matin : champagne, reggaeton, dames élégantes… Cet épisode, le un seul documenté -des photos avaient été publiées dans la presse- ne serait en fait qu’un des échecs d’El Chicharito. Car comment comprendre alors que Guillermo Ochoa ou Héctor Moreno, qui apparaissent également sur les images, continuent d’agir comme des piliers de l’équipe ?

Dans l’un des rares discours officiels sur le sujet, le président de la Fédération mexicaine, Yon de Luisa, était assez évasif l’automne dernier : “Là où nous ne sommes pas d’accord, c’est lorsqu’il y a des revendications individuelles qui font passer l’intérêt personnel avant le groupe” . La presse locale est devenue moins diplomate. Le héraut tellement parlé de “boire et sortir avec des femmes qui ont fini par séjourner dans le même hôtel que les personnes sélectionnées, au Texas” . Le journaliste Beto Valdés a évoqué une bagarre avec l’attaquant du Sevilla FC Jesús Corona, agacé par un retard d’El Chicharito, qui aurait multiplié les manquements au règlement en sélection. Une autre version dit que l’ancien joueur du Bayer Leverkusen ne s’est jamais excusé auprès de Martino, contrairement au reste des personnes présentes à la fête de New York. Parlons-nous vraiment de Javier Hernández, l’attaquant au visage d’ange ? L’attaquant généreux à l’état d’esprit irréprochable ? L’étudiant modèle qui en demandait toujours plus en formation ? Le fervent catholique ? Celui-ci a existé. Il a multiplié les buts de Chivas, Manchester United, Real Madrid et Bayer Leverkusen, mais le gendre idéal a fini par savoir, selon ses propres aveux, “une crise d’adolescence tardive” . Quelques signes extérieurs : cheveux teints, tenues extravagantes, longues heures d’émission… Pourtant, rien ne l’empêche de bien performer sur le terrain. Mais CH14 ne s’est pas arrêté là. “Je voulais vivre de nouvelles chosesexpliquait-il, en juin 2019, lors d’une conversation avec Diego Dreyfus, habituellement présenté comme son coach de vie. Hasta ese momento no me atrevía a hacerlos, estaba en mi zona de confort y seguía las reglas… Y me dije: “Quiero probar, quiero sentir”… Hoy agradezco mi la vida un poco más cada día, porque me atreví à vivre. » Un commentaire formulé à l’issue de sa pire saison européenne, la dernière soit dit en passant, partagée entre un semestre à West Ham et un prêt au Sevilla FC, pour deux buts au total. Il semblait alors facile de faire le lien entre son nouveau mode de vie et son alimentation réduite. Au Mexique, le rôle de Dreyfus, avec qui Chicharito a filmé plusieurs entretiens confessionnels, a également été remis en cause.

L’affaire Dreyfus

Crâne rasé, musclé, tatoué et au discours pimenté par l’utilisation abusive d’expressions populaires mexicaines, l’ami de l’avant-centre se présente ainsi sur son site internet : “Je suis Diego Dreyfus et je ne suis pas là pour changer votre vie. Je me consacre à grandir comme personne d’autre et si mon processus peut vous inspirer, c’est formidable ! » Entre un entrepreneur disruptif -il est spécialiste du webmarketing et se vante notamment d’avoir vendu des montres pour plusieurs millions de dollars- et un coach de vie (“zéro excuse”) pour qui devrions-nous nous arrêter “se plaindre de choses stupides, comme la couleur de peau ou l’argent de l’autre” , l’homme a en tout cas tout du gourou 2.0. D’où parler d’un Chicharito sous influence ? La presse tabloïd ou les pages de contenus sportifs bas de gamme ont beaucoup spéculé à ce sujet, tandis que l’attaquant a fini par croire qu’une dépression provoquait son questionnement personnel. “J’en ai marre de ne pas être moi-mêmedit en mai dernier. J’ai suivi des schémas avec lesquels j’ai grandi… J’ai dû toucher le fond de ma dépression pour accepter qu’il y a un vide existentiel que je ne comblerai jamais, que ça n’a aucun sens. »Le petit-fils et fils des internationaux mexicains (Tomás Blacazar et Javier Hernández Gutiérrez) s’appuyaient sur ce malaise alors qu’il avait relevé la barre au sol. Ce réveil date même de 2021 : 17 buts en 21 matchs. Pour un retour en équipe nationale, la situation semblait même lui être favorable, alors que Raúl Jiménez n’est plus le même depuis la commotion cérébrale dont il a été victime en novembre 2020. Pour Martino, entraîneur interpellé après une campagne de playoffs médiocre, se souvenant de tout de Le meilleur buteur à trois reprises pourrait même sembler être un moyen facile de calmer les choses. Cependant, sauf retournement de situation improbable, Javier “El Chicharito” Hernández a bien joué lors du dernier match officiel de sa saison 2022, il y a huit jours, en Californie. A 34 ans, on ne le reverra sans doute plus jamais dans une Coupe du monde, celle qui avait secoué les réseaux lors des trois dernières éditions.

Par Thomas Goubin

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