POUR MARION /// En extrayant du lithium sur son territoire, la France se confond avec “le principal problème”

La France veut mettre de côté bombe à gaz au profit de la poudre blanche. Ce lundi matin, le groupe français de minéraux industriels Imerys a annoncé le projet Emili, le lancement de l’une des plus grandes mines de lithium d’Europe. Ce métal alcalin est utilisé dans les batteries que l’on retrouve dans tous les recoins de notre quotidien : voitures, smartphones, ordinateurs, etc. À l’ère de tout ce qui est technologique et transition énergétique, ce projet de fouille au cœur du Massif central est-il une bonne nouvelle ? Quel enjeu cette ressource représente-t-elle pour la France et l’Europe ? 20 minutes se penche sur ces questions, grâce à l’intuition de Maria-Eugenia Sanin, professeur d’économie à l’université Paris Saclay.

Pourquoi le lithium est-il un problème clé ?

“Le lithium est précieux et le sera de plus en plus avec la transition énergétique et la limitation de l’offre”, souligne Maria-Eugenia Sanin, professeur d’économie à l’université Paris Saclay. Il n’existe qu’une dizaine de projets miniers européens de lithium et la plupart sont modestes. Le projet Emili, qui devrait voir le jour à Beauvoir dans l’Allier (centre) en 2027, vise à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis Chaîne de montagnes sur le front du lithium. Surtout que le temps presse : l’Union européenne interdire la vente de véhicules neufs non électriques à partir de 2035.

Mais le pieu au lithium va bien. au-delà de la flotte. Toutes les piles ont besoin de ce métal alcalin pour fonctionner. De ce fait, de nombreux objets du quotidien en dépendent et notre système énergétique dépendra de plus en plus des batteries. “En Europe, on n’en parle pas souvent, mais un système qui utilise beaucoup d’énergies renouvelables compte sur beaucoup de batteries pour compenser”, explique l’expert en énergie et environnement.

Autrement dit, lorsqu’il n’y a pas de vent, les éoliennes ne servent à rien, mais l’énergie créée les jours où le mistral souffle peut être stockée grâce à des batteries. « Il est vrai que les énergies renouvelables dépendent du vent, mais le gaz dépend du Vladimir Poutine « Dit María-Eugenia Sanin avec un sourire. D’autant plus qu’en créant un « réseau bien interconnecté », un pays peut être approvisionné par énergie renouvelable, Elle ajoute. Quand le soleil est dans le ciel, les panneaux photovoltaïques brillent, quand le vent est fort, c’est au tour des éoliennes de prendre le relais. A l’heure de l’électrification de nos énergies, le lithium est donc un ingrédient essentiel, mais son le prix a grimpé en flèche depuis 2021.

Cette course contribuera-t-elle à réduire notre dépendance vis-à-vis de la Chine ?

Imerys prévoit de produire “34.000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an à partir de 2028 pendant une durée d’au moins 25 ans”, alors que la production mondiale actuelle de carbonate de lithium ou d’hydroxyde de lithium, les deux éléments utilisés dans les batteries, ne dépasse pas 450.000 tonnes dans le monde. En moins de vingt ans, elle devrait être multipliée par 40 selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Mais “ce n’est pas la question principale”, déclare l’experte Maria-Eugenia Sanin depuis le début.

“Sur le marché aujourd’hui, le lithium n’est produit que sur six sites dans le monde et la grande majorité provient de d’Australie et l’Amérique du Sud », pas la Chine, explique-t-il. S’il est vrai que l’extraction européenne du lithium est lilliputienne, l’Empire du Milieu est loin d’en être le principal fournisseur. Cependant, nos batteries sont bien scellées. Pékinla grande majorité d’entre eux : fidèle à sa réputation « d’atelier du monde », la Chine assemble des batteries du monde entier.

« Si nous voulions être efficaces et rapides, nous devions être capables de produire nous-mêmes les batteries. Nous avons le savoir-faire industriel nécessaire et cela nous permettrait de réduire notre dépendance à la Chine bien plus que l’extraction du lithium à l’intérieur de nos frontières », décrypte Maria-Eugenia Sanin, qui ajoute qu’il serait tout à fait possible de développer des alliances avec l’Australie. ou des pays d’Amérique du Sud afin que nous envoyions la matière première nécessaire au montage des batteries. Le développement de ce secteur permettrait également de travailler dans le recyclage batteries alors que certains de leurs composants sont polluants et se font de plus en plus rares (comme le cuivre).

Cette mine présente-t-elle un risque environnemental ?

Imerys a notamment tenu à respecter l’environnement présentant son projet Emili. Un axe de communication qui n’a rien d’étonnant quand on sait qu’en janvier 2022, la société anglo-australienne Rio Tinto a dû abandonner son projet de mine de lithium en serbe face au tollé général. la Ministre de l’Economie, bruno le maireIl a assuré que le projet était « exemplaire en termes environnementaux et climatiques » et le gouvernement français soutient l’ambition d’Imerys.

Le groupe apprécie émissions à 8 kg de CO2 par tonne de lithium, contre 16 à 20 kg en Australie et en Chine, selon lui. « Le CO2 n’est pas vraiment le problème. Ce sont des émissions qui réchauffent toute la planète, donc si elles sont rejetées en Chine, en le Chili ou en France, c’est pareil. La question importante, ce sont les impacts environnementaux locaux », réagit Maria-Eugenia Sanin. Et ces derniers concernent les associations. Le vice-président de France Nature Environnement, Antoine Gavet, a protesté contre laAFP du “mythe de la mine propre”, assurant que ce projet entraînerait inévitablement “une pollution de l’eau” et “des quantités importantes de déchets que nous ne savons pas gérer”.

Pour le rapporteur, “lorsqu’on choisit d’exploiter une ressource lithium en Europe, il faut respecter des conditions environnementales très strictes”. Spécialement depuisL’Europe  elle est très urbanisée, contrairement à d’autres pays, contrairement à l’Australie centrale, par exemple, qui est beaucoup plus désertique.

L’évaluation environnementale du projet permettra de connaître les effets sur la biodiversité mais aussi sur l’économie locale, la santé des habitants du Massif Central, etc. Ainsi, pour Maria-Eugenia Sanin, « que cette mine de lithium soit une bonne idée ou non dépend de l’évaluation environnementale ». Une revue tant attendue.

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*