Pertes de mémoire, construction du lien maternel… Que se passe-t-il dans le cerveau des mamans pendant la grossesse ?

Le mystère de la vie. Pendant neuf mois, le corps du femme enceinte il subit de nombreuses transformations au fur et à mesure qu’il “fabrique” l’enfant à naître. Son ventre grossit, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Ainsi, tout au long de la grossesse, le cerveau des futures mamans subit lui aussi de multiples modifications, les préparant au nouveau rôle qui les attend.

à votre travail Dans la tête des mères (éd. du Rocher), le Dr Hugo Bottemanne, psychiatre, chef de clinique à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheur en neurosciences à l’Institut du Cerveau (ICM) et le Dr Lucie Joly, psychiatre, chef de service de psychiatrie périnatale adulte à l’Hôpital Saint -Antoine , Pitié-Salpêtrière, Tenon et Trousseau de Paris, décryptent les mystères des neurosciences périnatales et dévoilent quelques secrets pour 20 minutes. Pourquoi les femmes enceintes sont-elles parfois un peu folles de joie ? Comment se construit le lien entre la mère et le bébé dès le début de la grossesse ?

Le cerveau de maman

Avoir l’esprit flottant, les trous de mémoire, être un peu étourdi sont des traits que l’on peut observer chez de nombreuses femmes enceintes. “Ce qu’on appelle ‘mama brain’, ou ‘mamnésie’, désigne ces troubles cognitifs, de mémoire ou d’inattention que l’on peut avoir au cours de grossesseexplique Dre Lucie Joly. Pendant ces neuf mois, l’architecture du cerveau change : c’est la neuroplasticité périnatale. Des études ont observé une diminution de la taille du cerveau de 5 à 10 %. Cela ne signifie évidemment pas que la femme est moins intelligente ! Son cerveau acquiert des spécificités particulières pour la préparer à l’arrivée du bébé et mieux répondre à ses besoins ».

Un cerveau maternel qui toucherait environ quatre femmes sur cinq et qui pourrait être causé par une baisse de l’apport sanguin au cerveau, associée à une diminution de son oxygénation et de son activité. Une énergie restituée au fœtus par le corps de sa mère, les deux psychiatres la détaillent dans leur travail. “Mais sans provoquer la moindre séquelle cérébrale”, précise le Dr Joly.

Autre effet du cerveau de cette maman : un zénitude presque infaillible souvent observé. « C’est un mécanisme progressif qui atteint son apogée au troisième trimestre, où l’on observe vraiment cette sérénité maternelle assez étonnante, comme une sensation d’être dans un nuage, dans une bulle, décrit le Dr Hugo Bottemane. La relation avec les choses négatives est assez éloignée.

Interoception et construction du lien maternel

S’il y a un moment auquel les futures mamans doivent faire attention, c’est lorsqu’elles sentent leur bébé pour la première fois. Et à quoi ça ressemble des petites bulles qui bouillonnent dans son ventre. premiers mouvements dans le ventre collectés entre la fin du troisième et le cinquième mois, avant le bébé à la naissance, il grossit et donne des coups de pied ouverts. Pendant ce temps, le corps de la mère s’adapte à cette vie qui grandit en elle et provoque des sensations qui participent déjà à la construction du lien maternel, faisant naître l’amour qu’elle éprouve pour son bébé, qui n’a pas encore vu la lumière. .

« Nous avons voulu intégrer la notion d’intéroception – l’ensemble des perceptions que nous avons de notre corps, le positionnement des viscères… – en périnatalité. Cela donne un nouveau regard sur le rôle de la perception des mouvements fœtaux dans la création de l’attachement maternel », explique le Dr Joly, qui mène actuellement une étude sur le sujet avec sa collègue. “Nous avons voulu étudier le tissu de cet amour maternel en termes de psychologie et de communication entre le corps et le cerveau”, ajoute le Dr Bottemane. L’interoception périnatale qui “peut être travaillée avec certains outils comme l’haptonomie, pour travailler sur le lien prénatal et favoriser l’attachement avec le bébé”, poursuit le Dr Joly.

Mais cette intéroception périnatale peut parfois jouer des tours au cerveau des mères et provoquer le syndrome du bébé fantôme. « C’est le fait de ressentir les mouvements du bébé qui n’est plus dans le ventre, après l’accouchement, précise le Dr Joly. Elle s’explique par l’intéroception : le corps stocke la mémoire du passage du bébé, et dans ce contexte, le cortex sensoriel peut être perturbé et créer l’illusion d’un mouvement fœtal, mais sans bébé ». Un phénomène similaire à celui de Membre fantôme, mais très peu décrit. Dans notre étude portant sur 4 000 participantes, 40 % des femmes interrogées ont indiqué avoir ressenti des mouvements fœtaux fantômes, note le Dr Bottemanne. Reste à savoir si au niveau du cerveau, chez les femmes qui continuent à ressentir ces sensations, ce sont les mêmes zones du cerveau qui sont activées dans la perception des mouvements pendant la grossesse.

Activation du “mode surveillance” des mamans

Et quand l’enfant naît, avez-vous déjà remarqué à quel point la mère est particulièrement sensible aux Bébé qui pleure ? “Toutes les modifications cérébrales pendant la grossesse, notamment au niveau des circuits de récompense, visent à préparer la maman à être plus attentive à ces signaux”, confirme le Dr Joly. Ainsi, “après l’accouchement, des études ont montré que l’activité dans ce circuit de récompense augmente lorsque les mères voient leurs bébés sourire ou lorsqu’elles les entendent pleurer”, expliquent les deux psychiatres.

Mais “la construction de ce lien et de cette sensibilité maternelle est progressive : la maman va d’abord être plus sensible aux cris des bébés, puis elle va progressivement et spécifiquement se focaliser sur les signaux émis par l’enfant”, précisent les docteurs Joly et Bottemane. . Mais cette surveillance, “l’autre parent – ou les parents adoptifs – peuvent aussi y travailler”, précise le Dr Bottemane. C’est un apprentissage ».

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