« Nous avons toujours eu une chambre séparée »

Dans son autobiographie “La couleur des fantômes”, parue aux éditions Talent le 26 octobre, Jean-Jacques Debout raconte ceux qui ont compté dans sa vie. L’ami des stars -et mari de Chantal Goya- s’est donné à Paris Match.

Vous venez de publier votre autobiographie, « La couleur des fantômes ». Qui sont ces fantômes ?

Jean-Jacques Debout. Les fantômes sont les artistes, toutes les personnes que j’ai connues depuis mes débuts en 1959 en tant que chanteur, auteur-compositeur et réalisateur. Il y a les fantômes que je regrette, ceux que je regrette moins, ceux qui m’ont fait rire et ceux avec qui j’étais un ami proche. Il y a beaucoup de fantômes parce que vous savez, j’ai 82 ans et j’en ai rencontré beaucoup. J’ai eu plusieurs vies.

C’était un éditeur qui venait me voir quand j’étais chez moi à la campagne, non loin de la ville de Loches. Il m’a dit : “Pourquoi n’écris-tu pas un livre sur ta vie ?” Mais je fais partie de ces gens qui n’aiment pas faire de l’argent avec leurs souvenirs. Les souvenirs sont personnels. Il a insisté, il m’a appelé tous les jours. Et puis un jour, ça a cliqué.

Est-ce aussi une façon de dire au revoir ?
Un peu. Nous ne disons jamais au revoir. Un jour, la vie va s’arrêter et elle ne vous demande pas votre avis. Je continue à écrire, je continue à faire de la musique de film, je n’ai pas arrêté de faire mes activités.

Jean-Jacques debout à Paris, le 2 novembre 2022.

Jean-Jacques debout à Paris, le 2 novembre 2022.

© Cédric Perrin/Bestimage

Vous écrivez : « Beaucoup de mes chansons sont devenues des tubes, mais certaines ont échoué. Cependant, je ne nie rien car j’ai toujours appris. Qu’avez-vous appris de ces échecs ?
Honnêtement, j’en ai d’autres qui n’ont pas fonctionné. Il s’avère que j’ai eu de la chance que Maritie et Gilbert Carpentier m’appellent. Maritie m’a donné beaucoup de chansons qui n’ont pas été enregistrées. C’étaient des chansons pour tourner des scènes pour la télévision. J’ai écrit 1200 chansons et certaines n’ont jamais été enregistrées. Et aujourd’hui, les Carpentier sont cités en exemple. Beaucoup de producteurs de télévision achètent des images, donc je vois beaucoup de mes chansons à la télévision.

Et puis il y a ceux que j’ai écrits pour les disques. Par exemple, j’ai écrit pour Sylvie Vartan “Comme un enfant” qui a fait le tour du monde ou pour Johnny “Pour moi la vie commencera” pour son premier film ou pour un des premiers manga intitulé “Capitaine Flam”. Cette chanson a également fait le tour du monde. Il y a des chansons que j’ai écrites qui sont devenues des tubes, je ne le regrette pas car c’est ce qui m’a permis de vivre, mais il y a aussi des chansons qui ne sont pas des tubes mais je ne le regrette pas non plus car ça me fait plaisir de les voir en photos.

La dernière chanson de Joséphine Baker

“Vous devez travailler quand vous écrivez une chanson, quand vous l’enregistrez, etc. Le reste est aléatoire. […]. Tout est arrivé par pur hasard.” Votre réussite professionnelle est-elle due au hasard ?
En partie. Je crois toujours aux coïncidences. J’ai vécu beaucoup de choses apparemment aléatoires qui m’ont finalement conduit dans des sphères complètement inattendues pour moi. Je ne pensais pas qu’un jour j’aurais carte blanche pour le Palais des Congrès où Roland Hubert, producteur de Chantal – que j’appelais toujours Marie-Rose, c’est le prénom que je lui donnais dans les salons – m’a dit : “Chantal a maintenant du public, vous avez carte blanche”. A travers Chantal, elle voulait que les parents ne s’ennuient pas et que les enfants soient heureux.

Bernadette Chirac, Jean-Jacques Debout, Line Renaud, Chantal Goya, Dalida, Jacques Chirac et Claude Pompidou dans les coulisses du Palais des Congrès en novembre 1984.

Bernadette Chirac, Jean-Jacques Debout, Line Renaud, Chantal Goya, Dalida, Jacques Chirac et Claude Pompidou dans les coulisses du Palais des Congrès en novembre 1984.

© THIERRY ORBAN/Sygma/Getty Images

Quand tu avais cinq ans, Joséphine Baker te disait : “Un jour, tu seras un grand artiste, mon fils.” Qu’a pensé le tout jeune Jean-Jacques Debout en entendant ces mots ?
J’ai été émue par Joséphine Baker chantant sur une plage de Saint-Aignan-sur-Cher. Cela me fascinait car j’aimais surtout les artistes qui faisaient du music-hall. Elle chantait une chanson qui disait “Qui veut mon bouquet de violettes ?”. Elle avait son bouquet à la main et elle est descendue dans la chambre avec son micro et là elle m’a donné son bouquet de violettes. Il m’a demandé mon nom puis m’a dit : « Avec un nom comme ça, tu iras loin ! Vous serez un grand artiste !

Et quand Grace Kelly a financé sa dernière revue d’adieu à Bobino, Jean-Claude Brialy, qui la dirigeait, m’a appelée. Je savais qu’elle m’avait pris dans ses bras quand j’étais petit et m’avait demandé une chanson. J’ai écrit sa dernière chanson “Au revoir mais pas au revoir”. Il l’a chanté huit jours. Je suis donc la dernière personne à lui avoir écrit la dernière chanson de sa vie. Je ne cache pas que ça m’émeut beaucoup.

Vous apparaissez sur la photo du siècle que Jean-Marie Périer a prise avec la bande yé-yé en 1966. Pouvez-vous nous parler de l’ambiance qui régnait à cette époque ?
J’ai rencontré Jean-Marie qui m’a dit : “Je vais prendre une photo avec tous les artistes des chansons françaises pour ‘Allô les amis'”. Je me souviens qu’il fit installer des escaliers dans le Studio des Acacias et y fit monter les artistes pour les monter. A cette époque, il venait de rencontrer Chantal Goya. Jean-Marie a trouvé ça mignon et comme il y avait un trou parce qu’il y avait un chanteur qui n’a pas pu venir, elle a dit : « Ça te dérange si je mets ton ami là ? Et c’est ainsi qu’elle apparaît sur la photo, alors qu’en réalité personne ne savait qui elle était…

Vous consacrez un seul chapitre à Chantal Goya, comme les autres…
Je pense avoir tout dit sur Chantal. J’ai toujours écrit ses dix émissions et je dis toutes les bonnes choses que je pense d’elle. Mais Chantal fait aussi partie des fantômes. Je peux passer un mois où je la vois à peine. Il est toujours en tournée, il est toujours parti. Aussi, je l’appelle ma femme fantôme.

Jean-Jacques Debout et Chantal Goya en vacances au Mas de Chastelas, en juin 1978.

Jean-Jacques Debout et Chantal Goya en vacances au Mas de Chastelas, en juin 1978.

© James Andanson/Sygma via Getty Images

Avec Chantal Goya vous formez un couple d’artistes à la longévité incroyable. Quel est ton secret?
Nous ne sommes pas toujours ensemble. Nous ne vivons pas les uns sur les autres. Nous ne soutenons. On a toujours eu une chambre à part car je fais ma musique dans ma chambre le soir, je suis insomniaque. Il a dû sauver quelque chose. Et puis le temps a passé comme ça…

Quelle chanson recommanderiez-vous d’écouter à quelqu’un qui ne vous connaît pas ?
“La chaussure volante”. Cette chanson résume la vision que j’ai de Chantal. Quand tous les enfants de la salle se mettent à chanter et à lever les mains au ciel comme elle, je découvre qu’il y a quelque chose de très émouvant.

Johnny, une fin amère d’amitié

Depuis la sortie de son livre, un passage en particulier a fait du bruit : celui où il se demande comment Johnny Hallyday a réussi à soutenir sa femme Laeticia…
Je n’ai absolument rien contre Laeticia. J’ai réalisé qu’elle l’avait éloigné de ses premiers amis. J’ai écrit ses premières chansons pour lui, je l’ai encore raconté dans sa vie, c’est lui qui me l’a dit, ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Ça m’a fait mal, pas pour elle, je ne lui dois rien, mais ça m’a fait mal de ne plus voir Johnny. Plus le temps a passé et je ne le voyais plus. Je l’ai vu par hasard, au restaurant, alors il s’est tout de suite mis à table, on a parlé du passé, on a parlé de ceci et de cela.

D’où viennent ces désaccords ?
J’ai parlé à Johnny, qui m’a expliqué qu’il allait monter une boîte de nuit sur un parking devant la gare Montparnasse à cause d’une idée du père de Laeticia. J’ai dit à Johnny : « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour toi, tu as ta carrière, tu dois déjà t’occuper de choisir ton répertoire, tu as des tournées fatigantes. C’est bien si vous n’étiez pas Johnny Hallyday, mais vous êtes un grand artiste. Pourquoi vas-tu prendre la peine d’avoir des gens que tu ne connais pas et leur serrer la main ?” Malheureusement, j’ai dit ça devant elle et j’ai compris qu’elle n’aimait pas ça.
Je ne le faisais pas exprès. J’ai été honnête avec Johnny. C’est surtout à lui que je parlais.

Johnny Hallyday et Jean-Jacques Debout en 1986.

Johnny Hallyday et Jean-Jacques Debout en 1986.

© Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images

Dans cette même discussion il m’a dit : « Je vais quitter mon label Universal car le père de Laeticia m’a dit qu’ils avaient dû me voler. Si je fais un audit avec un procès, je peux gagner entre 3 et 5 milliards de dommages et intérêts. Mais je connaissais Pascal Nègre, le président d’Universal, je savais tout ce qu’il avait fait pour Johnny. S’il y a quelqu’un qui ne peut pas se plaindre d’Universal, c’est Johnny. Il l’avait très, très mal pris. Alors, pour elle, j’étais l’obstacle à tourner en rond. Elle était bien consciente qu’elle se disait : « Heureusement que j’ai empêché Johnny de voir ses anciens amis parce que s’ils étaient tous comme Jean-Jacques Debout… »

Vous parlez des autres mais vous, qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de vous ?
J’ai donné le bonheur aux enfants pendant trois générations. On se souviendra de moi comme de quelqu’un qui pensait aux enfants, d’une part parce que je pense que je suis moi-même resté un éternel enfant. C’est ce que ma grand-mère m’a dit. Et c’est ce que je voudrais laisser. L’enfant éternel.

Et maintenant ?
Je vais rechanter tous les tubes que j’ai eus depuis les années 50 à la Salle Pleyel. Puis je pars pour une tournée d’adieu qui durera, je l’espère, dix ans.

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