Marseille-Paris en voiture électrique, c’est devenu facile. Sauf que…

Il existe déjà plus de 100 bornes de recharge rapide ionité en France le long des autoroutes, ainsi que Superchargeurs 722 Tesla ouvert au public dans le pays. Au 30 juin 2022, les sociétés d’autoroutes françaises revendiquent déjà 800 bornes de recharge sur l’ensemble du réseau autoroutier, réparties sur 219 zones, soit “une station tous les 80 km en moyenne” avec 70% des bornes délivrant une puissance d’au moins 150 kW (et un réseau qui devrait s’étendre dans les années à venir). En théorie, le temps où faire un trajet en voiture électrique équivalait à un acte suicidaire, il semble donc révolu et de nombreux utilisateurs de voitures électriques effectuent régulièrement de longs trajets en France. Les nouvelles voitures électriques embarquent aussi presque toutes des planificateurs de trajet pour simplifier le trajet et il existe désormais de nombreuses applications dédiées à l’optimisation des trajets. Mais ce type de déplacement en voiture électrique reste soumis à un terrible danger, celui d’éventuels dysfonctionnements des bornes rapides conjugués à un retour d’information insuffisant sur l’état du réseau.

Sueurs froides sur l’autoroute A7

Ce mardi matin 1er novembre 2022, nous avons quitté Marseille au volant d’un Porsche Taycan Sport Touring Turbo S à 9h00 après avoir dû faire le tour de la ville la veille pour trouver de quoi recharger la batterie à 100% (les deux bornes publiques de 22 kW proches du point de départ étaient hors service). Ce gros bébé de 625 chevaux, officiellement capable de parcourir 430 kilomètres selon son homologation WLTP, est en théorie un excellent voyageur grâce à sa capacité de charge rapide de 270 kW et son autonomie suffisante. Pour planifier notre voyage à Paris, nous nous appuyons à la fois sur le système embarqué de la voiture et sur l’application Chargemap. Les deux interfaces nous offrent trois arrêts rapides de quelques dizaines de minutes sur ce parcours d’un peu moins de 800 kilomètres. Lancée sur route à vitesse légale (et jusqu’à 140 km/h contre la montre équivalent à une vitesse réelle très légèrement supérieure à 130 km/h), la consommation de cette superpuissance sportive se stabilise autour de 25,5 kWh/100 km (soit environ 350 km d’autonomie à cette vitesse). Le planificateur embarqué Porsche et Chargemap conseillent un premier point de recharge différent et nous avons décidé de choisir celui défini par l’application Chargemap, en supposant qu’il offre de meilleures informations à jour. Mais une fois arrivé à l’aire de repos de Saint-Rambert d’Albon comme indiqué dans le Planner Chargemap, surprise : les bornes de recharge rapide attendues (quatre points à 120 kW) sont éteintes.

Arrivés au premier point de charge prévu, les bornes rapides s'éteignent
Arrivés au premier point de charge prévu, les bornes rapides s’éteignent

Nous avons appelé le helpdesk avec le numéro affiché sur la borne du réseau Ulys Vinci Autoroutes, qui confirme que les quatre bornes en question sont hors service depuis deux heures (alors qu’elles sont encore décrites comme fonctionnelles dans l’application Chargemap). Notre voiture n’affiche plus que 50 kilomètres d’autonomie et un léger sentiment de panique commence à nous envahir. D’après nos outils de planification, il n’y a plus de possibilité de rejoindre un autre réseau de recharge ultra-rapide en raison de l’état des batteries. Nous nous sommes alors tournés vers deux bornes indiquées de 60 kW sur un parking Lidl à 10 kilomètres, avec une place libre heureusement à l’arrivée pour recharger la voiture. A cette puissance de charge, il faut se résigner à perdre beaucoup plus de temps que prévu sur le trajet. Encore plus énervant que de chercher sur internet ensuite, nous avons trouvé une station Ionity située non loin de l’emplacement des bornes défaillantes en question alors qu’elles n’étaient pas référencées dans l’application Chargemap au moment de l’événement !

Avec seulement 50 kilomètres d'autonomie restants, c'est une borne de 60 kW située dans un supermarché Lidl qui nous a sauvé
Avec seulement 50 kilomètres d’autonomie restants, c’est une borne de 60 kW située dans un supermarché Lidl qui nous a sauvé

Relative liberté de mouvement.

La suite du trajet se passera bien mieux : Après l’arrêt chez Lidl où nous avons finalement décidé d’attendre la recharge à 99% le temps de travailler sur notre ordinateur de bord, il ne nous restera plus qu’un arrêt à Maison Dieu dans l’Yonne (bornes Ionity 350 kW). ) pour se rendre à Paris après une recharge ultra-rapide. Le trajet a duré 10 heures, là où il aurait dû durer un peu plus de huit heures si la première borne du trajet avait fonctionné (contre 7 heures pour le même trajet en voiture thermique). Compte tenu de la densité du réseau de bornes publiques actuellement déployées en France, il aurait de toute façon été impossible de se passer d’une solution de recharge d’urgence. Mais lorsque l’une des bornes de forte puissance prévues le long du parcours s’avère défaillante, le temps perdu peut se compter très rapidement en heures lorsqu’il faut se dérouter vers d’autres points de recharge moins adaptés.

Les progrès spectaculaires de la technologie des voitures électriques ces dernières années permettent de faire de longs trajets au volant. Mais il faut toujours composer avec ce sentiment de danger face aux éventuels problèmes rencontrés en cours de route, surtout lorsqu’ils ne sont pas détectés en amont par les outils de planification. L’idée même de devoir préparer tout le voyage sous peine de se retrouver en difficulté cadre assez mal avec ce merveilleux concept de voiture capable de nous emmener partout dans le monde d’un simple tour de clé de contact. Les partisans de la voiture électrique se souviendront qu’il n’était pas si facile de se déplacer en France avec une voiture thermique ces dernières semaines en raison de la grèves dans les raffineries. Mais sera-t-il un jour possible de démarrer sa voiture électrique et de parcourir 800 kilomètres sans se soucier de rien ? Au quotidien, les voitures électriques surpassent incontestablement les voitures thermiques en termes de confort d’utilisation et de praticité, à la simple condition d’avoir un accès facile à une prise. Mais pour des aventures improvisées façon road movie – que l’on ne dissociera jamais de cet univers de la voiture qui nous fait rêver – il faudra attendre d’autres avancées technologiques.

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