Les téléfilms de Noël arrivent à l’automne, et leur nouveau printemps n’est pas pour demain

Ils sont de retour. Maintenant un incontournable pour la saison d’automne, TF1 diffuse à partir du lundi 24 octobre un téléfilm de Noël inédit tous les jours à 13h55 jusqu’au 25 décembre. Du côté de M6, la programmation n’inclura ces films qu’à partir de décembre. Mais pendant des décennies, ce genre de film a été l’apogée de la télévision en réseau alors que les familles faisaient leurs valises. Aux décors très codifiés, ils sont le refuge de nombreux Français et Françaises et évoluent avec leur temps.

Après un film mettant en scène un couple gay dans la moisson de Noël 2021, les téléspectateurs découvriront cette année un téléfilm de Noël dans lequel l’héroïne est en fauteuil roulant dans Noël avec le prince de mes rêves ou même une histoire centrée sur un couple de lesbiennes dans noël toi et moi.

Tant à la télévision que sur les plateformes de streaming, le genre évolue et veut apporter des représentations à l’image des évolutions récentes de la société. Ces nouvelles représentations n’amorcent cependant pas une révolution du genre. 20 minutes expliquer pourquoi.

“Ancrer ces films dans la société d’aujourd’hui”

Ils ont été un paradis de la télévision pendant plusieurs décennies. Alors que le temps froid s’installe lentement, les téléfilms de Noël apparaissent également sur le petit écran. Conscientes de ce succès, les plateformes de streaming proposent désormais aussi leurs versions de ce genre cinématographique avec un décor réconfortant et attendu. “Nous trouvons intéressant de voir des plateformes comme Netflix nous suivre et puiser dans la richesse des téléfilms de Noël”, explique Sophie Leveaux, directrice artistique des acquisitions chez TF1. Chaque année, “ces films structurent les audiences de l’après-midi jusqu’à l’accès” à la chaîne du groupe Bouygues, qui “est étroitement liée à ce rendez-vous”.

Ainsi, chaque année, les équipes de couverture travaillent à partir de la fin du Noël précédent pour sélectionner les films qui composeront la programmation des fêtes de fin d’année de l’année prochaine. “Nous travaillons avec la chaîne de télévision américaine Hallmark, nous sélectionnons dans son catalogue les films les plus originaux, les mieux produits et ceux qui s’inscrivent le plus dans la lignée de TF1”, précise Agathe Guillemet, responsable cinéma et téléfilms à Noël pour la canal. . Cette année, il a porté une attention particulière à la sélection de productions qui intègrent, en plus de Noël, “d’autres thématiques comme la diversité ou le handicap” pour proposer 35 nouveaux téléfilms “ancrés dans la société d’aujourd’hui”.

Alors, vous pouvez déjà compter sur TF1 pour vous plonger dans l’ambiance festive, alors que les enfants n’ont même pas frappé à votre porte, vous imposant l’éternel dilemme d’Halloween : « Bonbon ou sortilège ? “. “Nous venons d’avancer d’une semaine les premières diffusions des téléfilms de Noël par rapport à d’habitude, explique Sophie Leveaux. Et le fait de démarrer cette programmation fin octobre n’a jamais inquiété les Américains. Par exemple, Hallmark sort ses films de Noël sur 21 octobre. “

“Un mec qui ronronne”

Au cinéma, elles sont venues quelques années après les premières projections en chambre noire en 1898 avant d’être importées en France en 1900. Dès ses débuts, le genre a directement imposé sa décoration, ambiance rouge et verte, flocons de neige par les fenêtres et feu de bois. dans la cheminée

Mais au-delà de leurs attributs esthétiques, les téléfilms de Noël ont désormais également été brouillés dans leur scénario. “C’est un genre qui ronronne à la fois dans sa formule et dans sa structure”, confirme Maureen Lepers, chercheuse qui travaille sur les enjeux politiques et socioculturels des représentations médiatiques. “Quelqu’un qui regarde beaucoup ces films peut prédire la fin après 10 minutes car ils sont faits de conventions génériques qui ne vous surprennent jamais. »

L’intrigue se déroule généralement dans la campagne américaine, où un personnage, souvent féminin et originaire d’une grande ville, est en quête de quelque chose. Puis il découvrira les valeurs du partage grâce à cet éloignement de son travail et de la société capitaliste et finira par trouver l’amour, qui se concrétise souvent le soir de Noël. “C’est une ode à l’Amérique rêvée”, renchérit Julie Escurignan, professeure-chercheuse en industrie créative et culturelle à l’EMLV.

Confort, seconde année et tradition

Mais pourquoi, alors que leurs décors sont rarement surprenants, continue-t-on à les regarder, bien au chaud dans un plaid ? “Le téléfilm de Noël, c’est vraiment du plaisir coupable, c’est un peu nostalgique. On peut les comparer au chocolat du samedi soir, on sait qu’il ne faut pas en manger mais on en mange quand même parce que c’est réconfortant », ajoute Julie Escurignan.

Pour sa part, Maureen Lepers pense qu’il y a deux façons de regarder et d’apprécier les téléfilms de Noël. “Il y a d’abord ceux qui se délectent de ce genre tant attendu et le méprisent, pour s’en moquer”, explique-t-il. Et puis il y a le public historiquement visé par ces films, les ménagères de 50 ans, qui voient ces films comme une forme d’évasion car ils mettent en scène des personnages féminins face à l’adversité. »

Il estime également que la simplicité des décors permet au spectateur une déconnexion garantie avec son quotidien. « C’est le temps que l’on prend vraiment pour soi, où l’on n’a plus besoin de réfléchir et où l’on se déconnecte de tout le reste dans une ambiance chaleureuse puisque c’est tout ce qu’invoque la période de Noël. »

Ce n’est pas fait pour changer le monde

Mais depuis quelques années, de nouveaux éléments se sont ajoutés à l’arsenal traditionnel de ce type de production en même temps que les plateformes de streaming ont pris le dessus sur le genre : une volonté d’inclusion. « C’est une volonté assez générale qui traverse tous les domaines du secteur audiovisuel », observe Maureen Lepers.

Le chercheur estime toutefois que mettre à l’écran des personnages de la diversité raciale, dans leur orientation ou encore en situation de handicap est un travail “sur la face visible de l’iceberg”. “On travaille très peu sur la structure des récits eux-mêmes, qui continuent d’être porteurs de valeurs ultraconservatrices”, rappelle-t-il. On reste toujours dans un modèle couple, ultra-normatif, exclusif, etc. On ne déconstruit pas vraiment, c’est montrer de la diversité. »

Il se réjouit que le téléfilm de Noël propose aujourd’hui d’autres modèles pour le spectateur ou téléspectatrice mais estime que cela ne fait pas avancer les mentalités. “En même temps, ce n’est pas la vocation de ces productions qu’elles soient là pour le statu quo et c’est ce qui les rend si faciles à regarder. Julie Escurignan confirme que ces films doivent leur succès à leur facilité de compréhension. Il parle de “films de Noël, musique de Noël, décorations de Noël”. « Si vous faites autre chose en les regardant, cela n’a pas d’importance car ils sont faciles à comprendre, si vous manquez un morceau, cela ne gênera pas votre compréhension et c’est aussi pour cela que nous les regardons. »

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