Le peintre Pierre Soulages est décédé à Nîmes à l’âge de 102 ans

Pierre Soulages est décédé à l’âge de 102 ans. Le célèbre peintre aveyronnais est décédé au CHU de Nîmes, mardi 25 octobre, vers 23 heures.

On le croyait un peu immortel, ce peintre qui avait fêté son centenaire au Louvre, ce géant vêtu de noir, à peine courbé par le poids des années. On le croyait éternel, cet artiste muséalisé dans la vie, exposé dans les plus grandes collections du monde, valeur refuge du marché de l’art. Au retour des hommages et des rétrospectives, il ne pensait qu’à retourner dans son atelier adoré. Créatif jusqu’à son dernier souffle, Pierre Soulages est décédé à l’hôpital de Nîmes dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 octobre. Il avait 102 ans et ce mercredi il devait fêter ses 80 ans avec Colette.

Avez-vous rejoint la lumière mystérieuse qui émane de vos toiles, les fameux Outrenoirs ? La lumière immaculée qui baigne l’abbatiale de Conques ? Pierre Soulages avait exploré des terrains insoupçonnés en peinture mais ne croyait guère à l’au-delà. Figure importante de la culture française, il en fut l’un des meilleurs ambassadeurs. Le terme “star” a amusé cet homme au physique d’acteur mais d’une gentillesse très… aveyronnaise.

Il est né à Rodez le 24 décembre 1919, rue Combarel, et se retrouve sans père à l’âge de cinq ans, élevé par sa mère, Aglaé, et sa sœur, Antoinette, de quinze ans son aînée. Madame Soulages tient une petite boutique d’articles de chasse et de pêche dans une rue pleine d’artisans : sellier, ébéniste, relieur… C’est là que le jeune Pierre se familiarise avec les outils qu’il adaptera plus tard, grattoirs et brosses, pour mener à bien ses peintures.

Les vertus du noir

En même temps, il découvre les vertus du noir. Soulages aimait raconter cette anecdote : « Enfant, on m’interrogeait sur un dessin à l’encre que je décrivais comme un paysage enneigé. Ce qui faisait rire tout le monde. En fait, pour faire ressortir le blanc, je portais du noir. Alors j’ai toujours aimé le noir. . C’était la couleur de mes vêtements dès que j’ai pu la choisir. Ma mère était outrée. Elle m’a dit : “Tu veux encore me pleurer ?” Pierre Dès son plus jeune âge, Soulages se passionne pour l’archéologie, les statues- les menhirs, et surtout l’art roman après être tombé amoureux de l’église abbatiale de Conques lors d’un voyage scolaire en 1932. Plus de soixante ans plus tard, les célèbres vitraux y seront installés.

En 1938, sur les conseils de son professeur de dessin, le diplômé s’installe à Paris pour se préparer aux Beaux-Arts. Il est accepté. Mais l’académisme environnemental décourage ceux qui viennent de découvrir la modernité de Cézanne et de Picasso. Il revient à Rodez avec quelques tableaux figuratifs mais il ne les montrera guère.

La guerre le mobilise brièvement à Bordeaux au printemps 1940. Un an plus tard, il intègre les beaux-arts de Montpellier, aspirant au concours de la chaire à dessin. Le bel étudiant (1,90 mètre) y rencontre une petite femme, Sétoise Colette Llaurens. Ils visitent ensemble le musée Fabre, s’enthousiasment pour Zurbarán et Courbet. Rayon. Ils se sont mariés en octobre 1942, en l’église Saint-Louis de Sète, à minuit, tous deux vêtus de… noir. Colette, qui partage de nombreuses affinités avec Pierre, sera un soutien indéfectible, toujours discrètement présente et influente à ses côtés. Ce couple sans enfant se consacrera entièrement au long voyage de Pierre.

Beaux-arts à Montpellier

Une autre rencontre décisive a lieu à Montpellier. Pour échapper au STO (service de travail obligatoire), Soulages travaille sous couverture dans un domaine viticole où il rencontre Joseph Delteil, un voisin. Après avoir brillé dans le Paris des années folles, l’écrivain surréaliste vit modestement à la Tuilerie de Massane où il reçoit des artistes. Sonia Delaunay notamment, qui parle d’art abstrait dans Soulages. Il a ensuite peint des arbres sombres et simplifiés. Delteil l’encourage : “Ah noir et blanc ! Tu prends la peinture par les cornes, je veux dire par magie.” Cette phrase deviendra un mantra pour le futur professeur noir.

A la fin de la guerre, le père de Colette propose d’impliquer son gendre dans l’entreprise d’import-export qu’il dirige à Sète. Pierre Soulages préfère l’appel moins confortable de la peinture. Cela n’empêche pas l’homme d’affaires d’envoyer des tonneaux de vin au couple désormais installé à Courbevoie, en région parisienne. La vente du vin permet de payer le loyer avec les cours de maths que donne Pierre. Mais il peint aussi ses premières compositions abstraites au brou de noix.

Economique, ce liquide brun utilisé par les menuisiers a de la fluidité, des effets de transparence et d’opacité, pour dessiner des volutes mystérieuses, des architectures puissantes. Ses toiles sont remarquées en 1947 au Salon des surindépendants. Soulages reçoit un encouragement prémonitoire de Picabia : “A ton âge et avec ce que tu fais, tu auras bientôt beaucoup d’ennemis.”

artiste solo

On le retrouve dans des expositions collectives d’avant-garde aux côtés de Hans Hartung, Jean-Michel Atlan et Gérard Schneider, qui deviennent ses amis. Ils seront rares chez les peintres. Sous une sympathie méridionale, Soulages est un artiste très solitaire, affranchi des dogmes et des écoles, traçant sa voie singulière avec une autorité souveraine.

Sa première exposition personnelle remonte à 1949 à la galerie Lydia Conti. Louis Carré puis la Galerie de France le représentent alors. Sa reconnaissance à l’étranger, Allemagne, Angleterre, Etats-Unis, Suisse, Danemark, est rapide. Au milieu des années 1950, Soulages avait une galerie à Londres (Gimpel) et à New York (Kootz). Institutions, musées, acheter des tableaux. L’artiste accepte la réalisation de plusieurs décors pour le théâtre. C’est ainsi qu’il assiste au malaise de Louis Jouvet lors d’une répétition du Pouvoir et de la Gloire de Graham Greene, emmenant le réalisateur dans sa loge où il mourra.

Des rencontres avec des écrivains et des journalistes, dont certains deviennent des amis proches (Roger Vaillant, Claude Simon, Michel Ragon) éveillent Soulages aux débats qui agitent la capitale. Il rejoint le Comité des Intellectuels pour la Paix en Algérie, puis au Vietnam. Il n’adhère pas au Parti communiste mais se dit “antifasciste” et “très républicain”. Il participe à la lutte, dans un restaurant parisien en 1959, contre les voyous du peintre Bernard Lorjou, réactionnaire méprisant de l’abstraction, et des artistes d’avant-garde. Avec son physique d’ancien rugbyman, ses 112 kilos, Soulages ne se laisse pas compter. Il a du tempérament et ne transige jamais avec ses idées. Ni avec ses toiles impérieuses qui rejettent le lyrisme avec lequel la peinture informelle était alors adaptée.

Ventes, commandes, gravures ont embelli le quotidien des époux Soulages qui, après Courbevoie et le quartier Montparnasse, s’installent peu à peu, à la fin des années 1950, dans le quartier latin, aménageant appartements spacieux et ateliers. Parallèlement, ils achètent et démolissent une cabane sur le Mont Saint-Clair à Sète. Selon leurs plans, ils construisent une villa idéale aux lignes épurées, ouverte sur l’infini de l’horizon marin. Ce sera sa résidence d’été, puis le refuge d’autrefois. La présence de Soulages à Sète restera discrète. L’artiste reçoit des visiteurs mais se mêle peu à la vie locale. C’est au musée Fabre à Montpellier et dans la ville natale de Rodez que vous réserverez vos dons. Rien pour le musée Paul-Valéry, mais à quelques mètres de sa maison. Mais achetez une concession au cimetière marin.

Tour du monde avec Colette

Sète ne faisait pas encore partie de la géographie enquêtée en 1957, lorsqu’elle reçut le prix Windsor. Cette bourse de 2 000 $ permet à l’artiste de voyager pour la première fois aux États-Unis, où sa cote est en hausse. Charles Laugthon, Alfred Hitchcock, Otto Preminger le reprennent. Avec Colette il effectue ensuite un tour du monde : New York, San Francisco, Tokyo, Hong Kong, New Delhi, Beyrouth, Rome. L’ami franco-chinois Zao Wou-Ki partage quelques étapes avec eux. La réputation de Soulages monte en flèche à l’international. Le noir de ses toiles sans titre – il porte la date de sa création – sert alors à mettre en valeur la couleur : rouges incandescents, bleus profonds, jaunes sulfureux.

Les années 1960 sont les années de la consécration et des rétrospectives : Hanovre, Essen, La Haye, Houston, Copenhague, Montréal… En mars 1967, le Musée national d’art moderne de Paris accueille pour la première fois un artiste qui n’est pas encore arrivé au cinquante. Pierre Soulages a 47 ans. Le Premier ministre Georges Pompidou, passionné d’art contemporain, accroche un de ses tableaux dans son bureau. Son épouse, Claude Pompidou, deviendra une amie proche du couple Soulages.

Mais au seuil des années 1970, l’étoile de Soulages s’est éteinte. Sa galerie new-yorkaise a fermé. Et surtout les artistes de l’Ecole de Paris à laquelle il est attaché passent cruellement de mode. Pop Art, New Realists, y pronto los teóricos del arte conceptual relegaron al olvido a Bazaine, Manessier, Atlan, Marfaing, Hartung, Degottex… Soulages no escapó de ser marginado, aunque retrospectivas presentes en Charleroi, Saint-Etienne, Dakar y Mexico.

Pendant deux ans, il arrête de peindre pour se consacrer à la gravure. En 1976, il reçoit le prix Rembrandt. Un pied de nez involontaire à Donald Judd, pape du minimalisme américain, qui s’est moqué du “renouveau de Rembrandtesque par Soulages”. Cependant, à l’approche de la soixantaine, l’artiste semble moins inspiré. Il sera ravivé par une lumière sortant des ténèbres…

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