la vie sans jean teulé

Pendant 24 ans, l’écrivain Jean Teulé a été l’homme de sa vie. Avec Miou-Miou, la passion était aussi intense que discrète.

Ils sont tombés dans un piège. Ce jour de 1998, Jean Teulé est invité à dîner à La Duchaylatière, le domaine aux volets verts de Jean-Pierre Coffe, entre Dreux et Châteaudun. Coffe et le romancier se sont rencontrés aux studios de la rue Olivier-de-Serres, siège historique de Canal+, l’un en tant que chroniqueur de “Nulle part ailleurs”, l’autre s’amusant dans “La grande famille” avec Jean-Luc Delarue.

C’est en découvrant leur passion commune pour la campagne qu’ils sont devenus amis. “Ils se sont rencontrés un jour chez Christian Barré, la boucherie-charcuterie d’Arrou, où Jean habitait à l’époque et où Jean-Pierre aimait faire ses courses, se souvient Christophe Dolbeau, la dernière compagne de Jean-Pierre Coffe. Ils sont devenus intimes sur place. »

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En ce jour de 1998, donc, le Café a également invité Miaou miaou. L’actrice vient de connaître deux succès au cinéma, “Le Huitième Jour”, de Jaco Van Dormael, et “Les Presseurs”, d’Anne Fontaine. Mais la Marie-Ange des “Valseuses” est une femme de l’ombre. Depuis sa rupture très médiatisée avec Julien Clerc en 1982, elle est plus Sylvette Herry que Miou-Miou, elle n’apparaît plus avec les hommes de sa vie, elle s’éloigne de ce show business qu’elle déteste (elle n’y a jamais mis les pieds). une cérémonie de César) ses deux filles, Angèle et Jeanne, l’une née de son union avec Patrick Dewaere, l’autre de sa relation avec Julien.

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Une de leurs rares apparitions ensemble.  sur le plateau de

Une de leurs rares apparitions ensemble. Sur le plateau de “Vivement dimanche” en juin 2004.

©SIPA

Sylvette Herry vit sa vie de comédienne à sa façon, tournant peu mais bien : un jour chez Blier pour “Robe du soir”, un autre chez Louis Malle pour “Milou en mai”. Capable d’être réalisé par Claude Zidi pour « Latotale ! » ou tourner sous la direction d’Hervé Palud dans « Un indien dans la ville ». Sans les prétentions d’un Huppert, ni les exigences d’un Deneuve, Miou-Miou est une actrice populaire qui embrasse à la fois le cinéma d’auteur et la comédie. A condition de ne pas trop en demander pour assurer le service après-vente. Sous ses airs élancés se dégage la douceur de vivre, le cœur à gauche, l’envie de toujours aller de l’avant sans se retourner vers le passé… Ce jour-là, elle est venue à la Duchaylatière car elle aime la bouche et la franchise du Café. Celle qui fut la compagne de Coluche, à la fin des années 60, connaît la provocation et l’humour. “Jean-Pierre a vite senti qu’il pouvait se passer quelque chose entre elle et Jean”, poursuit Christophe Dolbeau. Il leur a tendu une embuscade. Le piquet de 1,96 mètre ne reconnaît pas Miou-Miou. “Bonsoir, madame”, lui dit-il en arrivant, réalisant bien plus tard qu’il a devant lui le fantasme de son adolescence. L’impudique “Valseuses”, la fille de Louis de Funès dans “Les Aventures de Rabbi Jacob” a séduit une génération de jeunes en quête de nouvelles icônes. Miou-Miou était de ceux de Jean Teulé.

Jean avait un esprit brillant, totalement iconoclaste et bienveillant.

Philippe Geluck

Confus, maladroit, Teulé, du haut de ses 45 ans, met tout en œuvre pour séduire cette femme de 48 ans, célibataire comme lui ! “Ils s’aimaient à la folie”, raconte Philippe Geluck, un proche de Teulé. Il la faisait tellement rire, il nous faisait tellement rire ! Le couple partagera sa vie entre Paris et la Bretagne, un appartement dans le Marais et une maison à Saint-Cast-le-Guildo, non loin de Saint-Malo. Teulé, qui n’avait pas d’enfant, serait le meilleur beau-père d’Angèle et de Jeanne. « Jean était un amoureux de la vie, poursuit Geluck, mais aussi un homme discret et modeste. On pouvait parler pendant des heures au téléphone de tout et de rien. Dans l’intimité, il se fiait peu. Notre week-end chez moi en Bretagne, les Coffes, ma femme et moi, resterons un souvenir mémorable. Jean avait un esprit brillant, totalement iconoclaste et bienveillant. »

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Avec Michel Drucker et Jean-Pierre Coffe en 2004, sur le plateau de Vivement Dimanche.

Avec Michel Drucker et Jean-Pierre Coffe en 2004, sur le plateau de Vivement Dimanche.

© BÉNAROCH/SIPA

Cependant, l’écrivain a ses défauts. Et, à chaque fois, Miou, comme il l’appelle, est là pour lui. “Il a eu un succès public mais pas nécessairement une reconnaissance critique”, explique Geluck. Cela l’agaçait, cela créait en lui une forme d’incompréhension. Miou-Miou est celle qui l’a calmé, « celle qui remet mes idées à leur place », disait-il.
Surtout parce que, parfois, les idées de Teulé sont sombres. Celui qui se piquait de ne lire aucun roman avait l’habitude de disparaître pendant des semaines, voire des mois, en Bretagne pour se plonger dans la matière de son prochain livre. Un mode de vie presque monastique, entre solitude et extrémisme. « Quand il a commencé à écrire, raconte Geluck, il pouvait lire sa documentation pendant trois mois, jour et nuit. Je me suis toujours demandé ce qui lui faisait tant peur dans le travail des autres. Pourquoi n’a-t-il pas lu les romans de ses contemporains ? Peut-être avait-il peur de se comparer. Quoi qu’il en soit, je sais qu’à chaque nouvelle publication j’attendais avec impatience mon appel. Et vice versa. »

Jean avait, par exemple, la phobie des funérailles.

Philippe Geluck

Pour comprendre Jean Teulé, il faut peut-être remonter en enfance. « À Arcueil, où nous vivions tous les deux, raconte le couturier Jean Paul Gaultier, il était considéré comme ‘le garçon du château’. Parce que, soi-disant, il vivait dans un endroit qui ressemblait à un château. En réalité, ses parents avaient un logement de fonction à la mairie où ils étaient concierge. Gaultier et Teulé se sont rencontrés sur les bancs de l’école Jules-Ferry. « Il a dessiné comme moi. Mais avec beaucoup plus de talent, rappelle Gaultier. Il savait faire des plans, des paysages, alors que je ne savais que reproduire les danseuses des Folies-Bergère. Mais nous avions quelque chose de différent en commun : nous n’étions pas ceux qui jouaient au foot et nous étions d’origine modeste…” Le lycée en poche, le rouquin aux grandes oreilles s’est lancé dans la BD, a collaboré sur “A suivre”. », publie le journal des éditions Casterman, et profite alors de l’essor du récit « adulte ».

Avec le designer Philippe Geluck, en 2014.

Avec le designer Philippe Geluck, en 2014.

©SIPA

« Nous nous sommes rencontrés à ce moment-là, se souvient Geluck. C’était du sérieux, de la BD pour lui. Il trouve rapidement le succès, des prix à Angoulême sans être sûr qu’ils soient mérités. Et c’est après sa consécration, en 1990, qu’il décide d’arrêter. Lauréat d’un Fauve d’or pour “contribution exceptionnelle au renouveau du genre de la bande dessinée”, Teulé est passé du dessin à la plume. Il publie son premier roman deux ans plus tard, mais saute aussi dans “L’assiette anglaise”, le brillant et astucieux spectacle de Bernard Rapp. Après une saison, Canal+ l’a signé. « Il avait un mental pas comme les autres, il s’intéressait aux petites gens, se souvient cet ex de Canal. Il avait créé pour « Nulle part ailleurs » la rubrique « Boîte de bonheur, boîte de malheurs », car il voulait avant tout raconter la vie des autres. Il y avait un côté absurde et attachant dans ses chroniques humanistes. »

Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18, c’est dans les bras de Miou-Miou qu’il est décédé d’un arrêt cardiaque.

Dire aux autres de se cacher, comme si le succès exponentiel de sa carrière médiatique le dérangeait. « Il avait ses défauts mais il n’en parlait pas, poursuit Philippe Geluck. Jean, par exemple, avait la phobie des funérailles. Celui qui déjeunait une fois par semaine avec Cavanna n’avait pas osé venir à la Sorbonne, en 2019, quand on lui rendait hommage. S’il écrivait parfois des choses terribles dans ses romans, c’était sans doute pour conjurer ses propres démons. Mais nous n’avons jamais abordé le sujet. Ce n’était pas le début de notre amitié. »
Jean Paul Gaultier ne pouvait pas aller en sens inverse. « Après le lycée, nous nous sommes perdus de vue. Nous menons chacun notre vie. Quand nous nous sommes réunis, c’était juste pour parler de notre jeunesse, nous avons parlé du passé, pas de notre présent. Mais quand je lui ai proposé de jouer le directeur d’école dans mes projections “Fashion Freak Show”, il a tout de suite dit oui, ce trente-sixième lui a plu. »

« Miou est totalement bouleversée, confie-t-on à l’entourage de l’actrice. Angèle et Jeanne la soutiennent dans cette épreuve qui nous touche tous. »

Samedi 15 octobre, Jean et Miou sont sortis dîner dans un restaurant du Marais où ils ont leurs coutumes. Jean en particulier commande des boulettes de viande. Le lendemain, il se rend aux urgences pour une intoxication alimentaire. Renvoyé à la maison, je ne me sens pas mieux. Et, dans la nuit du lundi 17 au mardi 18, c’est dans les bras de Miou-Miou qu’il est mort d’un arrêt cardiaque suite à un empoisonnement. L’actrice a à peine le temps de demander de l’aide. L’homme de sa troisième vie est mort devant elle, subitement. Depuis, Angèle et Jeanne se relaient au chevet de leur mère pour lui faire avouer l’inacceptable. « Miou est totalement bouleversée, confie-t-on à l’entourage de l’actrice. Angèle et Jeanne la soutiennent dans cette épreuve qui nous touche tous. Jean Teulé ne pourra regagner sa dernière demeure tant que la lumière n’aura pas été faite sur le drame. Le faux calme mais la vraie générosité retarde encore un peu l’adieu final. Car Jean Teulé aimait avant tout être parmi les vivants. 

Consultation Elisabeth Lazaroo

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