La semaine de travail de quatre jours arrivera-t-elle en France ?

Pour plus de télétravail pour les frontaliers, une résolution sera débattue dans les instances européennes.
Cette flexibilité est également devenue un argument de vente pour le recrutement. Télétravail à 100%, la semaine de 4 jours est désormais un enjeu d’embauche. (©Illustration/Nina Gambin/Actu Strasbourg)

La semaine de quatre jours, Une utopie ? Pourtant, elle est désormais régulièrement évoquée (et parfois mise en œuvre) en matière d’organisation du travail post-Covid-19.

L’Espagne, le Japon, l’Islande, le Royaume-Uni et la Belgique ont franchi le pas. Même si ce n’est pas toujours de la même manière. Car il semble y avoir deux idées : travailler mieux en moins de temps et travailler plus en moins de temps.

Pourtant, les salariés à la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée y sont de plus en plus favorables. Ses partisans croient que lorsqu’il est mis en œuvre, il augmente la satisfaction des travailleurs ainsi que la productivité.

L’Islande avait mené l’expérience en 2015 de réduire le temps de travail à 35 heures par semaine pendant quatre jours, avec le même salaire. Depuis, l’appareil s’est généralisé. Pendant trois ans, en Espagne, les salariés de 200 entreprises volontaires travailleront 32 heures, dont 40 rémunérées, pendant quatre jours.

Comité d’action socialiste Pierre Larouturou en 1993

En France ? La question est abordée depuis 1993 par le socialiste Pierre Larrouturou, qui a même lancé un Comité d’action pour la semaine de quatre jours (Cap4J/5) et travaillé avec le député UDF Gilles de Robien sur la question. Depuis, le débat peine à décoller en France.

Élisabeth Borne, alors ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Intégration, s’est expliquée à ce sujet dans BFM TV le 3 février, estimant que cela ne pouvait pas être “une mesure générale, car il s’agit de faire en quatre jours ce qu’on a fait en cinq jours, et ça peut aussi être beaucoup de stress pour les salariés”.

“Je pense qu’il y a des entreprises où ça peut être mis, mais ce n’est pas le rôle de l’Etat et, en tout cas, je ne préconise pas du tout qu’on impose cette règle à toutes les entreprises”, a-t-il dit. répondu.

Vidéos : actuellement sur Actu

La semaine de quatre jours peut-elle se démocratiser (sans baisser les salaires) en France ? Plusieurs entreprises tentent déjà l’expérience.

Nicolas René, patron d’une entreprise de construction de 19 salariés à Carentan (Manche), l’a démarrée il y a plusieurs mois, raconte la presse du canal.

Et selon lui, ce n’est que du positif : « Travailler dans le bâtiment, c’est un travail physique, épuisant, c’est trop dur pendant cinq jours. Alors, par décision collective, nous sommes passés à la semaine de quatre jours. Et pour le moment, nous n’avons que des retours positifs ! Concernant la productivité, on est encore mieux, il n’y a pas eu de perte car on travaille moins, mais on travaille mieux. Les conditions de travail s’améliorent et les embauches battent des records. »

Se rendre au travail en voiture tous les jours, rester aux heures de bureau quand on peut travailler plus vite, assister à des réunions inefficaces, sont quelques-uns des changements demandés. Tout cela, dans le but de trouver une organisation plus équilibrée entre travail et vie privée.

Serge de Motta VeigaProfesseur de Management des Ressources Humaines à l’EDHEC Business School

“Avec le Covid-19, les gens se sont rendus compte que le travail n’est pas tout dans la vie, il y a eu des changements dans les mentalités”, souligne-t-il. Pour Serge da Motta Veiga, professeur de gestion des ressources humaines à l’EDHEC Business School, cette crise sanitaire aurait “été une révélation”.

Écologique?

Souvenez-vous du phénomène appelé « The big Quit » (« La grande démission ») qui a frappé les États-Unis, où près de 50 millions de salariés ont quitté leur employeur l’an dernier.

En France également – “bien qu’il soit impossible de comparer les deux pays”, insiste-t-il – fin 2021 et début 2022, le nombre de départs volontaires a atteint un niveau historiquement élevé : près de 520.000 par trimestre, et, dans la plupart cas, les salariés quittant un contrat à durée indéterminée.

En réalité, ce taux de démission (2,7 % au 1c’est trimestre), est inédite en France : elle avait été surmontée juste avant la crise financière de 2008. Je n’en veux pas plus », déclare Serge da Motta Veiga. Il ne s’agit pas forcément de travailler moins, mais de travailler mieux.

Une opération – bien que les entreprises françaises qui ont franchi le pas soient l’exception – qui peut aussi avoir des vertus écologiques. “Plusieurs jours par mois, il y a sept ou huit camions qui ne circulent pas et moins de trajets”, explique Nicolás René, patron en Normandie.

Et cette flexibilité est aussi devenue un argument de vente pour le recrutement. Comme le télétravail à 100 %, la semaine de quatre jours est désormais une question d’embauche.

Confronté à une pénurie de personnel devenue chronique, le restaurant étoilé de Perpignan (Pyrénées-Orientales) “La Galinette” promet désormais aussi trois jours de repos à ses salariés en attente d’embauche, rapporte-t-on. Actualités Perpignan.

Ce n’est pas une mode. Elle est le résultat d’un raisonnement global sur la gestion. Plus l’équipe est dans des conditions de travail optimales, plus elle sera contente de venir travailler. C’est une philosophie.

Hugo DupontDirecteur de la Maison de la Jeunesse et de la Culture (MJC) de L’Aigle (Orne)

La Maison de la Jeunesse et de la Culture (MJC) de L’Aigle (Orne), raconte le réveil normandCela a commencé début octobre. “D’un commun accord, nous avons décidé d’aménager l’horaire de travail et d’étaler les 35 heures sur quatre jours”, explique Hugo Dupont, le patron du site.

Toujours dans les grands groupes, certains vont à contre-courant du “travailler plus”. La société LDLC IT, basée à Lyon (Rhône)il est également passé à une semaine de travail de quatre jours.

Une mesure qui touche tous les salariés, du président lui-même, en passant par les publicités, la logistique… Mais pour ne pas dépasser huit heures de travail par jour, et au final être contre-productif, la décision avait été prise au préalable de passer le nombre d’heures de travail par semaine à 32.

“Mieux s’adapter, par exemple, à la résidence alternative des enfants”

En Belgique, la mesure baptisée « le deal pour l’emploi » adoptée fin septembre permet aux salariés de choisir leur temps de travail et le nombre de jours travaillés dans la semaine (quatre ou cinq), mais à condition d’effectuer leurs 38 heures par semaine.

Cela signifie travailler quatre jours de 10 heures par semaine pour obtenir un jour de congé supplémentaire, ou travailler moins une semaine et travailler plus la suivante. La mesure n’est pas généralisée, mais est proposée à tous les salariés qui le souhaitent.

L’objectif affiché : « mieux s’adapter, par exemple, à la résidence alternative des enfants ». Mais déjà, selon une enquête auprès de plus de 500 entreprises, diffusé par le journal Belgique librePrès de 80% des PME belges rejetteraient cette organisation car elles considèrent le modèle comme irréalisable.

La plupart des entreprises craignent que cela ne complique la planification du travail et ne compromette la continuité des activités.

Et, surtout, qu’elle impose une charge de travail importante aux salariés eux-mêmes, “car travailler 9h30 par jour, ce n’est pas rien, et avec un taux de burn-out toujours croissant, c’est aussi sans doute une préoccupation majeure”, selon Acerta. Consulter, à l’initiative de l’étude.

Longtemps considérée avec un certain scepticisme, cette organisation « viendra des entreprises, pas du gouvernement », pense Serge da Motta Veiga. Des dirigeants qui croient qu’il est important de trouver un équilibre entre les souhaits des employés et les besoins de l’entreprise en matière d’aménagement du travail.

L’exemple de Microsoft au Japon

« L’irruption du télétravail l’a montré. Ce qui paraissait encore inimaginable il y a quelques années est désormais pris au sérieux par les employeurs », souligne le professeur.

Ils ont pris conscience que les modes d’organisation du travail n’étaient pas figés et sont désormais confrontés à de fortes attentes des nouveaux collaborateurs, dont ils doivent tenir compte s’ils veulent fidéliser leurs collaborateurs et continuer à attirer de nouveaux candidats.

Serge de Motta VeigaProfesseur de Management des Ressources Humaines à l’EDHEC Business School

Rappelons que l’idée de la semaine de quatre jours avait été testée au Japon. En 2019, l’entreprise américaine Microsoft a décidé que ses plus de 2 000 employés y travailleraient quatre jours, dont cinq rémunérés. Et il avait vérifié que les salariés étaient non seulement plus heureux, mais beaucoup plus productifs… Mais depuis, cela ne s’est pas généralisé.

Avez-vous trouvé cet article utile? Sachez que vous pouvez suivre Actu dans l’espace mes nouvelles . En un clic, après votre inscription, vous trouverez toutes les actualités de vos villes et marques préférées.

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*