la réapparition tourmentée d’Abdellatif Kechiche

Après plus de deux ans de silence, le cinéaste a été invité à donner une masterclass ce vendredi au festival du film méditerranéen Cinemed. Des militantes féministes ont tenté de faire entendre leur voix lors de l’événement.

Tout commence dans la confusion. Lorsqu’il apprend qu’une manifestation est organisée pour protester contre sa venue au festival du film méditerranéen, Abdellatif Kechiche n’a plus envie de parler. Cela implique qu’il n’aura pas de force. Il n’est pas apparu en public depuis plus de deux ans, il doute, ce n’est peut-être pas une bonne idée après tout… Pourtant, il se sent chez lui à Montpellier, il a tourné beaucoup de ses films dans les environs, à la lumière de jour d’automne est plutôt doux, le festival a présenté une rétrospective de ses films, sa “masterclass” affiche complet. L’excitation monte depuis plusieurs jours, mais trente minutes avant l’heure, nul ne peut dire si le cinéaste quittera ou non son hôtel. Les manifestants sont là. Un score. Ils ont étalé des affiches au sol devant le Palais des Congrès. « Halte à l’impunité ! », “Devant Kechiche nous aussi nous nous sommes levés et avons cassé”… Dialogue de sourds avec les spectateurs qui entrent dans la salle. « Pourquoi aller écouter un cinéaste accusé d’agression sexuelle ? « L’affaire a été classée sans suite » répond un journaliste (1). “ Comme d’habitude “, lance un manifestant. Et ils finissent tous par s’asseoir dans un léger désordre.

La tension est palpable

Avec un quart d’heure de retard, Abdellatif Kechiche entre dans la salle, lunettes noires, jean et veste légère sur un corps extrêmement sec. La tension est palpable, même si d’où nous sommes assis nous ne pouvons percevoir que les applaudissements soutenus que le cinéaste reçoit la main sur le cœur. La discussion peut commencer. Ce n’est pas mauvais. Kechiche explique sa réapparition à cause du “désir” qu’il ressentait de venir remercier les gens de la région – “qu’ils soient employés de la mairie, comédiens ou professeurs du centre théâtral” “Bien que je n’aie plus envie de parler en public, je me suis senti le devoir de venir le faire ici”, il a dit.

Le réalisateur Abdellatif Kechiche lors de sa masterclass au festival CineMed en octobre 2022.

Le réalisateur Abdellatif Kechiche lors de sa masterclass au festival CineMed en octobre 2022.

Eric Catarina / CinéMed

Il parle de Sète et du sentiment de paix qu’il y a toujours trouvé mais flotte avec la question que lui pose l’animateur du débat. que dire de la Mektoub Mon Amour Intermezzo, film de rivière qu’il avait a choqué le Festival de Cannes en 2019 (précisément, avec une scène de cunnilingus de près de treize minutes) et qui n’est jamais sorti en salles ? Le verra-t-on un jour ? Kechiche esquive plus ou moins. Il ne l’aurait pas montré à Cannes, jure-t-il, s’il avait su que les acteurs seraient blessés. ofelia baul’actrice principale nominée aux César pour son rôle dans premier chapitre de Mektoub, s’était littéralement enfui après avoir monté les escaliers. En 2020, sur Canal+, il expliquait s’être éclipsé avant la projection car il n’était pas d’accord « avec ce qui allait être projeté. Pas dans son intégralité. »

J’attends avec impatience la fin de Mektoub…

Abdellatif Kechiche ne dit pas grand-chose d’autre. Pourtant, des rumeurs circulent dans la profession. Une version raccourcie à deux heures (3h40 à Cannes) aurait été projetée en petit comité à Paris, recentrée sur le personnage d’Amin incarné par Shaïn Boumedine, et largement écrite à partir des scènes de sexe et des innombrables plans dans les scènes de fesses de jeune femme. laissez-vous emporter en dansant sur cette caméra dans une boîte de nuit. Le cinéaste préfère parler des parties suivantes, je chante 2 et pourquoi pas 3 : « Ils filment, ils éditent, réassemblent. J’y passe mon temps depuis toutes ces années. Je n’ai pratiquement fait que ça : télécharger, télécharger, essayer… J’espère que la fin de Mektoub… » Il parle de son travail avec les comédiens, de ses tâtonnements. Invoquez l’esprit de Marivaux « qu’il n’écrivait ses pièces qu’après les avoir répétées avec les comédiens. »

Doigts d’honneur dans la salle

Cependant, quelque chose ne va pas. Des tourbillons traversent la pièce. Des commentaires bruyants que le cinéaste n’entend pas mais ne comprend pas. Des gestes, en revanche, qu’il perçoit bien. Des doigts d’honneur lui sont adressés par les manifestants installés sur les hauteurs du théâtre. Jusqu’à ce qu’un spectateur exaspéré se lève et demande que la protestation soit exprimée d’une voix claire. Une jeune femme monte sur scène pour manifester son désaccord avec l’invitation faite au cinéaste “accusé d’agression sexuelle” rappelle le témoignage de Léa Seydoux sur l’inconfort du travail pendant la vie d’adèle. “Cinq ans après Metoo, ce n’est pas acceptable. »

La salle ne veut visiblement plus l’entendre, elle siffle abondamment et veut qu’on parle de cinéma. « Bravo le féminisme à Montpellier », lance un manifestant avant d’être gentiment escorté.

Un manifestant monte sur scène lors de la masterclass d'Abdellatif Kechiche au festival Cinémed.

Un manifestant monte sur scène lors de la master class d’Abdellatif Kechiche au festival Cinémed.

Eric Catarina / Cinemed

Kechiche écoutait sans rien montrer, la tête entre les mains. il aimerait un ” rencontrer “ au lieu d’une “master class” et nous demande de passer le micro dans la salle : “Je vais essayer de répondre aux questions le plus honnêtement possible, y compris sur ce sujet.” il a dit. Cela exige un dialogue soutenu plutôt que d’avoir à répondre à“anathème”. Il ne fait que répéter ce qu’il a dit lors de la polémique qui a suivi la Palme d’or de la vie d’adèle. En substance : il faut laver le linge sale en famille, et oui, le cinéma peut être un métier difficile, mais cette souffrance doit être relativisée par rapport aux conditions de travail et à l’état du monde. main main. mais personne ne le pousse à ses limites.

Un mystère de l’incarnation qui le fascine

C’est un exercice de grande solitude auquel le réalisateur doit faire face. Il vient se poser les questions qu’il devine. Manipulation et perversité dans la direction ? “ Cuando trabajo con actores busco el desnudamiento, no del cuerpo sino del alma, busco ese momento mágico en el que se van a despojar de su propia personalidad, a liberarse de sí mismos, a convertirse en el personaje e ir a algo muy profundo dentro de Eux-mêmes. » Il parle d’un mystère de l’incarnation qui le fascine, d’une forme d’hypnose dans laquelle le mouvement des corps le submerge. La conversation dépasse rarement le stade de l’esquisse. Kechiche se souvient qu’il est revenu “visible ceux qui ne l’étaient pas”, qui a ouvert la porte du cinéma à des actrices comme Hafia Herzi, Sabrina Ouzani Soit sara forestier Ils ont parcouru un long chemin depuis lors. « Je voulais leur transmettre ce métier, je les ai encouragés à s’exprimer et à écrire… Comme le professeur de théâtre à EsquiverJe leur ai dit : Amusez-vous.” Le cinéaste est sur la défensive, il n’a jamais autant aimé parler qu’à travers ses films. “Je suis désolé de ne pas avoir montré les parties suivantes de mektoub mon amour, il a dit, parce que je me mets vraiment à poil dedans, je peux difficilement faire plus pour me dévoiler… » Mais de ces films, rien n’est encore connu. Et peut-être que lui non plus. Un chapitre, deux chapitres ? Les découvrirons-nous à Cannes l’année prochaine ? nous ne le saurons pas. Nous n’avons plus le temps d’en parler. Le festival de Montpellier poursuit son cours, la session est ajournée. Sous les applaudissements, le cinéaste revient sur ses mystères.

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