“J’aimerais prendre la liberté de sortir un album sans faire de promotion”, déclare Zazie.

Interviewer Zazie C’est toujours la promesse de passer un moment très agréable. Elle n’est pas du genre à se donner des airs de star ou à donner la désagréable consigne que telle ou telle question sera interdite. L’artiste parle avec désinvolture, ouvrant parfois des parenthèses, glissant des jeux de mots comme si de rien n’était. La spontanéité est la clé. Lorsqu’on la retrouve à la terrasse d’un café du 20e arrondissement de Paris ce mercredi, elle est en pleine dispute avec son manager. Si elle a déjà été dérangée d’être interrompue au milieu de sa conversation, elle ne le laisse pas paraître. C’est avec sourire et décontraction qu’elle nous accueille. On la connaît car, en septembre, elle a créé un EP (sorte de mini-album) de quatre titresbien intitulé LE Pen attendant une nouvelle fournée de chansons pour la fin de l’année.

Ces titres inédits trouvent un équilibre entre l’expression d’une certaine colère et le lâcher-prise. “En cette période où l’obscurantisme peut revenir, il est bon d’apprécier la lumière que l’on a en soi, celle que l’on peut avoir en se disputant entre amis. On ne va pas changer le monde, on va le refaire pour une nuit. J’aime l’utopie parce qu’il y a de l’espoir en elle, un « et si on… », nous dit-il. L’entretien portera sur votre relation avec l’industrie musicale et ses exigences. Zazie raconte comment la promotion n’est pas l’exercice qui la ravit le plus. Cependant, il répond aux questions de 20 minutes sans manifester la moindre lassitude. Un autre signe de son élégance.

La sortie d’un EP est-elle une forme de liberté ?

Oui, la première raison était de trouver un peu de légèreté avant la dictée des formats. Il paraît que les artistes avec trente ans de carrière ne sortent que des albums… Qui a décidé ça ? Et quand ? Je peux comprendre l’idée de concentrer les efforts sur la promotion, mais je voulais aller un peu à contre-courant. J’étais en studio pour finir l’album. Ils m’ont dit que je devais attendre encore un peu. Quel est le point, vraiment? Parfois, deux ou trois ans peuvent s’écouler entre le moment où vous créez une chanson et le moment où vous la sortez. Dans une interview, on se retrouve à en parler alors que dans un état d’esprit différent. Là c’est frais. Nos vies ne consistent pas seulement à devenir des représentants commerciaux par nous-mêmes. En parler comme on le fait quand on est en studio, c’est plus marrant, ça me fait me sentir moins « très représentatif de moi-même ».

Êtes-vous intéressé par les chiffres de ventes de vos albums ?

Je fais partie des rares artistes qui aiment savoir combien de disques ils vendent. Je m’en fiche si j’ai vendu moins, ce n’est pas pour ça que je vais faire une autre stratégie, une autre promotion ou que je vais faire n’importe quoi et parler de la culture de l’olive en basse Provence, mais j’aime savoir où Je le suis. Faisons-nous de la musique pour la vendre ? Vivre, oui. Nous vivons très bien. De la même manière que j’accepte très bien que les gens aiment ou n’aiment pas tel propos, tel concept, tel thème, j’ai l’impression qu’ils me donnent le droit, pendant les trente années que cela dure, de continuer à être moi-même.

Essayez-vous d’analyser les raisons pour lesquelles un album se vend moins qu’un autre ?

Bien sûr. cycle [sorti en 2013] n’a pas fait de grosses ventes sur la base – la tournée était super – donc j’avais ce motif de satisfaction. Je me suis rendu compte qu’en général, les journalistes me disaient : « L’album nous donne des nouvelles de nous et on s’en sort mal. Je me suis retrouvé à les psychanalyser. Ils m’ont dit : “Dans ma vie, c’est arrivé… [elle joue le ton de la confidence chez le psy et rit] « Un truc de dingue ! On s’est bien amusé. Après trois jours de promotion, je me suis dit : « Oh, oui, la vache, ils sont méchants ! Certains se sont trompés. Où allons nous c’était une chanson sur la gloire et ils m’ont demandé si c’était sur la mort.

Y avait-il d’autres sources d’incompréhension dans votre carrière ?

Non, pas trop. Vous devez constamment rappeler à l’industrie musicale qui vous êtes, en essayant de ne pas être trop narcissique. Il y a des principes, comme sortir un seul – le pauvre, il est seul – qui est censé être la carte de visite pour tout le reste. Cependant, sur un album, une chanson n’a pas forcément grand-chose à voir avec l’ensemble. Ils disent que ce serait bien si ce single était un morceau optimiste. [rythmé]. Parce que ? Je n’ai toujours pas de réponse à cela. Quand tu sors un morceau lent, tu as l’impression de prendre de gros risques. En 2007 j’ai rencontré mon label et je me suis battu pour m’en sortir Je suis un homme. Pour mon deuxième album, en 1996, ils m’ont dit : “On va sortir homme doux homme en singles On ne vendra pas sa queue, mais cela permettra une compréhension plus globale de ce que l’on fait. »

Y a-t-il une chanson qui est devenue un hit à votre grand étonnement ?

Oui. homme doux homme, exactement. A cette époque il n’était pas encore sorti en single, il ne faisait que commencer et avait réussi à remplir une Cigale. J’étais trop content. C’était ma première scène digne de ce nom à Paris. J’étais terrifié, très nerveux. J’ai failli me casser le cul trois fois. J’ai commencé à chanter : « Je me suis réhabilité… » et puis les gens ont commencé à crier ce qui s’est passé ensuite. J’avais une idée de ce qu’était un public, mais pas encore de ce qu’il allait être lun public, c’est-à-dire les gens qui viennent écouter mes chansons qu’ils ont aimées. Au début, j’ai pensé : « Non, ne chante pas ! Laissez-moi…” parce qu’ils ne livraient pas la meilleure version en termes de musicalité (le rire). Je n’ai pas pleuré, j’étais bien, c’était fou, j’ai encore des frissons quand je vous en parle. Les gens autour de moi à la maison de disques me disent souvent : « Regarde ce qui marche sur ton album. Aujourd’hui, on parle plus en termes de vues que de ventes. C’est fou parce que ce ne sont pas forcément les singles ou les plus sophistiqués en terme de production qui s’écoutent le plus, mais des chansons lentes aux paroles très simples, qui vont vers l’émotion universelle. Je pense que les gens ont besoin de tendresse.

Vous avez sorti votre premier album il y a trente ans. Au cours de ces trois décennies, l’industrie de la musique a radicalement changé. Quel est le trouble le plus important selon vous ?

Le fait que parfois l’industrie et les gens aient tendance à confondre l’exposition, le fait d’être partout, même dans les réseaux où l’on publie sa vie, son travail – Zazie sur la plage, Zazie en train de déjeuner – avec les raisons pour lesquelles pour faire ce travail, à savoir la musique. Le jour d’hier [mardi], j’ai fait une journée de promotion où on m’a plus parlé du vieillissement et de ma mèche de cheveux blancs que de mon travail. J’accepte ce jeu d’exhibition, le fait que les gens veulent parfois savoir un peu plus qu’une chanson.

L’époque où les émissions de radio n’étaient pas filmées me manque aussi. On pouvait arriver en haillons, en jogging, les cheveux gras ou fraîchement sorti d’une discothèque et monter un show souvent plus intéressant que l’actuel car plus spontané. Là, il faut faire un peu attention, c’est radio télé. Il y a une sorte d’immédiateté pornographique et voyeuriste qui ne me convient pas. Peut-être que ça ne me va pas parce que je suis de moins en moins jeune et ça ne me va pas (le rire), mais je ne le pense pas.

Quand je refuse de faire quelque chose, ils me disent : “Mais il y a tellement d’opinions. Bien sûr, mec, mais est-ce que ces gens vont acheter, si c’est à ça que sert la promotion, l’album ? Le meilleur marketing pour un album, c’est le album. Après, on peut faire plein de choses, mais Cabrel, passe-t-il son temps sur les réseaux ? Non. Souchon non plus, et ça ne les empêche pas de vendre. Parfois, il faut prendre du recul. et dire “je ne vais pas faire ça”. C’est pour parler de la montée des vols de sacs, je ne suis pas l’expert.

Vous serez, pour la première fois, le 12 novembre, sur le plateau de “Star Academy”. En 2015, vous aviez été très critique vis-à-vis du programme que vous considériez comme « humiliant ». As-tu changé d’avis?

Non! (le rire) Je n’ai pas changé d’avis sur le principe de la téléréalité. J’ai un peu peaufiné le truc, puisque je fais La voix, me disant qu’en plus de cet aspect de télé-réalité, ces émissions parlent de musique. Nous y ferons notre travail, nous chanterons notre chanson. Vaut-il mieux faire une émission classe, très journalistique, qui fait parler de tout et de rien, ou faire son boulot sur une émission populaire, un peu bizarre ? Et on va aussi chanter avec une fille ou un garçon qui va mourir de peur, on va l’aider, être prof, ça n’arrête pas d’être une rencontre humaine. Comme on ne me demande pas d’aller au château de académie des étoiles et participer au fait qu’ils soient filmés H24, ça me va.

Avez-vous hésité à accepter l’invitation ?

Pas tellement car, à force de me retrouver dans des promos sur des plateaux où ils me font parler de politique ou de choses dont je ne suis pas expert, je me dis que tant qu’ils me demandent de faire mon métier, je préfère dire oui.

Vous trouverez votre fauteuil de coach pour la prochaine saison de “The Voice”. Est-ce un rôle que vous jouerez avec enthousiasme ?

Oui, quand ils me l’ont proposé, j’étais désespéré, j’essayais de finir mon album, de gérer les pochettes, je n’en pouvais plus. Il était au bord d’un petit épuisement. Il y avait la moitié de mon visage qui mourait à l’idée d’ajouter plus de travail et l’autre moitié qui souriait comme un enfant de 8 ans qui possède une piscine. J’ai dit oui en cinq minutes. A La voix, il y a aussi beaucoup de chaleur humaine. Nous sommes aux premières loges pour voir les personnes qui vont émerger, qui seront peut-être les artistes de demain. J’aime la transmission. Un boulanger peut avoir un apprenti. Pour un auteur, compositeur et interprète, c’est plus compliqué. De temps en temps, on me demande de faire des masterclasses dans des écoles de théâtre musical. C’est toujours intéressant, mais c’est compliqué car il faut faire au cas par cas. Dans La voix, cas par cas, il est là. C’est, en toute humilité, gratifiant d’aider quelqu’un, de le remettre sur le droit chemin.

Ma première question concernait la liberté. Mon dernier souhait sera : quelle liberté aimeriez-vous pouvoir vous accorder ?

Celle de sortir un album sans faire de promotion ! (le rire) Sortir un album, ce n’est pas vouloir vendre un album, en fait. Au fur et à mesure que j’aurai la chance de bien gagner ma vie, je pense de plus en plus que j’essaierai de m’orienter vers cela. Je pense que ce n’est pas mal de donner le choix aux gens, même si nous vendons moins. C’est aussi une courtoisie à avoir dans ce monde d’exigences et de consommation constante. Cela ne veut pas dire que je ne ferai plus de scènes et que les gens ne me verront plus, cela signifie simplement que les gens me verront moins. ils me verront ailleurs (le rire).

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