Diego Simeone est-il le principal coupable ?

Quelle est la suite après cette annonce ?

C’est forcément vers l’entraîneur que tous les doigts pointent lorsqu’une équipe échoue. Et surtout, quand il est un entraîneur aussi charismatique, clivant et parfois controversé que Diego Simeone. Depuis plusieurs années, la figure de l’Argentin fait l’objet de contestations constantes. Beaucoup lui reprochent son football trop défensif, alors qu’il aurait de la matière première pour faire beaucoup mieux avec les escouades successives. Son entêtement à ne pas vraiment changer sa philosophie de jeu en agace aussi plus d’un. Ce qui est aussi assez frappant avec Cholo, c’est que les critiques viennent surtout de l’extérieur, plutôt que des supporters rouges et blancs. Du moins, jusqu’à cette saison, dans laquelle on commence à voir quelques commentaires des fans de matelas, mais ils sont encore très timides par rapport à ce que l’on peut entendre ailleurs.

Bien sûr, l’ancien milieu de terrain argentin porte sa part de responsabilité. c’est indéniable, leur équipe semble décousue, trop instable derrière et souvent inoffensive quand ils ont le ballon. Des lacunes de part et d’autre du terrain qui relèvent nécessairement non seulement de problèmes individuels mais aussi de tactiques. D’autant qu’on les a vus depuis la saison dernière, après une saison 2020/2021 où l’Argentin avait opéré quelques changements, changeant son 4-4-2 historique pour un 3-5-2 dont l’efficacité s’est améliorée et s’est rapidement retirée. Un autre problème évident est leur difficulté à réagir pendant le jeu, avec des changements qui apportent généralement rarement un nouvel élan à l’équipe. Faut-il tout jeter ? clairement pas. D’autant que la dernière contre-performance de l’Atlético est marquée par un brin de malchance que personne ne peut contrôler. Concrètement, il y a ce triple raté spectaculaire dans ce penalty face au Bayer Leverkusen lors de la cinquième journée, et ce but encaissé dans les derniers instants du match face à Cadix ce week-end en Liga. Face à Bruges lors de la quatrième journée, les Madrilènes avaient clairement dominé mais avaient été maladroits devant le but, devant se contenter du nul final 0-0. Si l’on enlève ce match à Porto mercredi soir, il n’y a pas de match où les troupes de Simeone ont été ridiculisées ou vraiment dans la rue.

Un effectif insuffisant ?

De plus, on n’ira pas jusqu’à dire que l’Atlético est une équipe résolument offensive, mais le tag d’équipe bloqué derrière et jouant le “bus” est parfois un peu injuste. Cette saison, par exemple, c’est la septième équipe qui tire le plus en direction des cages adverses. C’est peut-être insuffisant compte tenu de la qualité de l’effectif, mais ce n’est pas une donnée digne d’une équipe qui bloque et n’attaque pas. Il est aussi la troisième meilleure attaque du championnat derrière les deux ogres, en plus d’être troisième au classement, sa place théorique. Il faut aussi prendre en compte qu’au sein de l’effectif il y a bon nombre de joueurs qui ne semblent pas à leur place, avec deux problèmes principaux : manque de niveau et/ou souci de compatibilité avec ce que veut Simeone. Si de nombreux observateurs estiment que l’Atlético n’a jamais eu un effectif aussi solide -et il est tout à fait légitime de le penser-, est-il vraiment adapté à ce que l’Argentin demande à son équipe ? Force est de constater que cette équipe a peut-être du talent, elle semble manquer de caractère et de force mentale, et elle est aussi moins encline à faire certains efforts, là où Godín, Miranda, Gabi, Tiago ou Filipe Luis étaient Simeone bis sur le terrain.

On le voit avec un joueur comme Rodrigo de Paul, qui peine à trouver sa place. Certains évoquent également le cas de João Félix, même si pour une fois, le Portugais a réalisé de très bons enchaînements sous les ordres de l’ancien de la Lazio. Plus que l’attaque, où des joueurs comme Griezmann et Ángel Correa continuent d’être tout aussi efficaces, c’est surtout le secteur défensif qui semble prioritaire. Si on laisse Reinildo de côté, le niveau des défenseurs est catastrophique, n’ayons pas peur des mots. Des joueurs comme José Maria Giménez ou Stefan Savic sont loin de leur meilleur niveau, et Felipe Monteiro ou Mario Hermoso sont très irréguliers, capables du meilleur comme du pire. Dans ce contexte, il était difficile de créer une base défensive solide, qui avait pourtant fait la force de l’Atlético pendant toutes ces années. Ça oui, encore une fois, les défauts sont partagés, mais on peut dire que Simeone n’aide pas beaucoup son arrière-garde.

L’Atlético ne le virera jamais

Cependant, une chose est sûre, Enrique Cerezo et Miguel Ángel Gil Marín, président-directeur général du club, ne le licencieront jamais. Et pour cause, si l’on met de côté les considérations symboliques et purement sportives, Diego Simeone est un bouclier. Alors que l’Argentin est sur le banc, il est la cible de critiques, et les belles performances de l’équipe ont souvent masqué les nombreux soucis institutionnels et financiers que traverse le club. Parmi eux on retrouve déjà l’appropriation du club de manière plus ou moins suspecte par la famille Gil Marín, les multiples changements opérés autour des symboles du club (le Vicente Calderón, le changement de logo, etc.) et bien d’autres choses qui ont créé beaucoup de colère entre les colchoneros. Simeone est l’arbre qui cache la forêt, celui qui est arrivé alors que le club était dans un état très difficile, et il est le principal artisan de cette installation au premier plan, sur la scène nationale et européenne. Rarement un club aussi mal géré aura obtenu d’aussi bons résultats sportifs en même temps. Et c’est sans doute pour cela que les fans de l’Atlético, conscients de ce qui se passe dans les coulisses, s’accrochent à l’Argentin.

En clair, ils craignent qu’en cas de départ, l’Atlético ne retrouve son statut et ses déboires d’avant. Les plus jeunes peuvent considérer la qualification pour la Ligue des champions chaque année comme la norme, mais les plus âgés savent que c’est presque un miracle permanent. Certes, l’Atlético de Madrid a beaucoup sorti le chéquier ces derniers temps. Mais il a aussi perdu de nombreux éléments importants, comme Antoine Griezmann, bien qu’il soit déjà revenu, Lucas Hernández, Kieran Trippier ou Rodri, pour ne citer qu’eux. Vous l’aurez compris, évidemment Diego Simeone a sa part de responsabilité dans ce nouvel échec d’Atleti. Mais il serait trop réducteur, voire injuste, de faire de lui le seul ou principal responsable de cette élimination…

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