critique qui a (na)tomisé le corps médical sur Netflix

MÉDECINE MORTELLE

A moins de vivre dans une grotte (et on ne vous le souhaite pas), il est a priori impossible d’ignorer l’attrait grandissant de la fiction contemporaine pour l’actualité criminelle. Que ce soit au cinéma ou, a fortiori, à la télévision, les affaires les plus sordides servent désormais de matière première aux réalisateurs et showrunners, désireux de sonder la complexité psychologique de ces monstres à visage humain. Et pour cela, Netflix en a fait son cheval de bataille. de la série chasseur d’esprit produit par David Fincher, pour filmer extrêmement méchant avec Zac Efron dans le rôle de Ted Bundy, jusqu’à la récente mini-série Dahmer Du timbre de Ryan Murphy, tout concourt à démystifier la figure du tueur en série et à la rendre immédiatement accessible.

Avec meurtres sans ordre, le principe est sensiblement le même, à quelques audaces près et nous y reviendrons. Le film suit donc Amy (Jessica Chastain, encore une fois très convaincante), une infirmière dévouée, mais surmenée, qui se voit épauler par un nouveau collègue, Charlie (Eddie Redmayne, dans un contre-emploi réjouissant), au cours de ses gardes de nuit. Alors qu’une amitié sincère se noue entre eux, leurs patients admis en réanimation meurent prématurément les uns après les autres. Une enquête est ouverte, et bientôt Amy soupçonne Charlie d’être responsable de cette série de morts inexpliquées.

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Au lieu de réduire la caractérisation des personnages à leurs seules interactions, Tobias Lindholm y parvient en s’intéressant d’abord à l’environnement professionnel qu’ils occupent, et le constat est clair. Derrière un système apparemment rigoureusement ordonné, les dysfonctionnements se multiplient, parfois accidentellement, d’autres exprès. Cela va d’une erreur informatique dans le logiciel qui donne accès aux médicaments à la dissimulation de preuves à charge par l’autorité des risques. Dans ces conditions, la prudence reste la meilleure solution.

Un climat de suspicion que le cinéaste parvient à créer en filmant l’hôpital comme un labyrinthe opaque, où les lignes de fuite formées par le décor se perdent dans le flou ou l’obscurité. Une approche esthétique qui rappelle les grands polars paranoïaques des années 70. La première scène du film montre Charlie, immobile, observant un patient mourant tandis que d’autres infirmières tentent de lui sauver la vie. Profitant d’un zoom lent, le réalisateur ajuste son cadre à Charlie puis invite le spectateur à examiner non pas les conséquences du drame, mais la cause.

Si la partie recherche est moins captivante que le reste, elle met en évidence la nécessité de s’effacer pour repérer la faille cachée. Une stratégie que les détectives Braun et Baldwin vont suivre en appelant officieusement Amy afin d’attraper Charlie plus facilement. A partir de là, le film reprend les codes de l’histoire de l’infiltration, retrouvant l’infirmière en train de réparer les dysfonctionnements systémiques qu’elle avait subis jusqu’alors. Et si la tension monte un peu, notamment lors d’une scène de confrontation dans un restaurant, ce retournement de scène n’est jamais censé être une démonstration de force.

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DU CŒUR AU TRAVAIL

En lisant le livre, j’ai réalisé que j’étais plus intéressé par les derniers chapitres, qui traitaient de la vie d’Amy et de son parcours héroïque. Elle pourrait être la lumière dans l’obscurité, le véhicule humain et émotionnel pour raconter l’histoire.a expliqué Tobias Lindholm dans une interview au magazine affichage quotidien. Loin d’être un simple faire-valoir pour Charlie, Amy est le cœur battant mais fragile du film, au point qu’elle risque à tout moment de faire une crise cardiaque à cause d’une cardiomyopathie.

A plusieurs reprises, le réalisateur et son scénariste utilisent la maladie d’Amy pour mettre le personnage à la même place que ses patients. Lorsqu’il essaie, par exemple, de réanimer l’un d’entre eux par massage cardiaque, il commence à ressentir les symptômes de la personne même qu’il essaie de sauver. Plus tard, elle se réveillera dans un lit d’hôpital, terrifiée à l’idée de finir comme les précédentes victimes de Charlie. Anxiété et vulnérabilité que l’on entend alors à travers l’accélération de son pouls sur l’électrocardiogramme. Une bonne idée presque simpliste, mais diablement efficace.

La bonne infirmière : photo, Jessica ChastainUn coeur vaillant rien d’impossible

Dans les moments de crise du personnage, qui mêlent vertiges, essoufflement et douleurs thoraciques, la caméra devient plus instable et zoome sur son visage. Cette proximité traduit l’évidente affection que porte le cinéaste à cette héroïne du quotidien, elle-même capable d’une grande compassion pour ses patients, mais aussi pour Charlie (oui, oui). Le fait que l’infirmière et son compagnon de tuerie aient respectivement deux petites filles et soient célibataires renforce également leur empathie l’un pour l’autre, et la complicité palpable des deux acteurs à l’écran fait le point.

Leur relation suffit à elle seule à faire dérailler le manichéisme souvent requis dans ce type de production. Là où il aurait été facile, mais tout à fait compréhensible pour Amy de s’éloigner de Charlie après avoir découvert son vrai visage, c’est exactement l’inverse qui se produit. En s’aidant mutuellement à se battre ou à reconnaître le mal qui les ronge, chacun se sent redevable envers l’autre. C’est pourquoi Charlie couvre Amy avec sa veste au début et vice versa à la fin. Un geste non anodin qui semble être une totale anomalie au sein d’un système déshumanisant.

La bonne infirmière : photo, Eddie RedmayneMais qu’est-il arrivé à Norbert Scamander ?

Alors oui, meurtres sans ordre il reste dans une zone grise qui l’empêche globalement de faire des étincelles, mais malgré cette tendance un peu austère, le film évite plusieurs clichés à son sujet, comme le voyeurisme malade ou l’explication psychologisante. On ne verra jamais Charlie tuer ses victimes – son modus operandi était d’injecter de l’insuline dans les poches de perfusion – et la conclusion ne donnera pas de réponse définitive sur les raisons qui l’ont poussé à agir ainsi (29 meurtres avérés et 400 dont méfiant).

Le sensationnalisme n’a donc pas sa place ici, et c’est tout le mérite du réalisateur d’avoir redonné une perspective humaine à cette histoire à travers la fiction.

Meurtres sans ordonnance est disponible sur Netflix à partir du 26 octobre 2022

Meurtres sans ordonnance : affiche

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