comment va la crise en France

6 h 00, 30 octobre 2022, modifié à 10 h 23, 30 octobre 2022

A Bercy, ils sont vus comme du lait dans le feu. Régulièrement, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, consulte un groupe d’économistes de diverses tendances sur ces indicateurs macroéconomiques qui permettent de prendre la température du pays : moral des chefs d’entreprise, croissance, consommation… Si oui Jusqu’à présent tout C’était bien, ou presque, il faut bien l’avouer : les nuages ​​s’amoncellent. Et la chute n’est pas loin. Ainsi, l’Insee prévoit une croissance nulle au quatrième trimestre 2022. “Nous devrions nous attendre à une récession au dernier trimestre de cette année et au premier trimestre de 2023”prédit Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa.

Le 12 octobre, le petit-déjeuner qui réunissait les hommes d’affaires de l’Association française de l’entreprise privée (Afep) avait un goût amer. Comme si les participants sentaient le vent du boulet de canon. À huis clos, chacun a fait part de ses inquiétudes quant à la santé de ses entreprises respectives. L’horizon, indiscutablement, s’assombrit. Quoi qu’en dise le gouvernement, il maintient sa prévision de croissance à 1% l’an prochain alors que l’OCDE et l’OFCE ne prévoient que 0,6%. “C’est un objectif volontaire, se défend un conseiller de l’exécutif. Il faut apaiser ce débat sur la récession et ne pas tomber dans le catastrophisme. La vie des Français ne va pas changer d’un coup. »

Les nuages ​​viennent d’abord d’Allemagne

Si l’exécutif mise sur la méthode Coué, c’est pour ne pas effrayer le monde économique. Car en la matière, tout est affaire de psychologie, et de confiance : le moindre doute et les courbes plongent. Mais c’est aussi parce que les amortisseurs pour résister plus en difficulté, en cas de chocs violents, vont être limités. “L’Etat commence à réaliser ce qui nous menace… mais il n’y a plus d’argent”soupire un entrepreneur.

Lire aussi – Kristalina Georgieva, directrice du FMI : “L’Europe est la plus vulnérable au risque de récession”

Les nuages ​​viennent d’abord d’Allemagne. La plus grande économie d’Europe devrait se contracter de 0,7 % en 2023. Du jamais vu depuis des années. “Il est très difficile d’imaginer une crise profonde en Allemagne sans effets plus ou moins violents sur ses voisins”, prévient Gilles Moëc. Si notre partenaire tousse, nous tombons aussi malades… “Nos économies sont liées, la casse allemande peut nous pénaliser”reconnaît le député Renaissance Marc Ferracci.

La crise énergétique, encore plus douloureuse sur le Rhin, où la production ralentit déjà, pousse la plupart des pays en zone rouge. Grâce à la renégociation de nombreux contrats d’abonnement en fin d’année, les factures explosent. « Les surcoûts sont fous et peuvent plonger les PME dans le gouffre » prévient Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général du CPME, qui estime que “150 000 entreprises sont en danger de mort.”Et de citer le cas de ce partenaire qui devra débourser 6 millions d’euros de gaz et d’électricité l’an prochain, contre 400 000 euros en 2022. “L’énergie est une bombe” il continue.

Les boucliers tarifaires mis en place par l’Etat permettront bien sûr d’en atténuer l’impact. mais pas pour tout le monde. « Les entreprises n’en profiteront que très partiellement, estime Mathieu Plane, directeur adjoint du service analyse et prévision de l’OFCE. Des faillites en cascade sont à prévoir, notamment pour ceux qui ont puisé dans leur trésorerie pendant le Covid. »

Échecs d’entreprises vertigineux

C’est l’autre ombre au paysage économique : l’augmentation des faillites d’entreprises. En effet, 8 950 procédures collectives ont été ouvertes entre le 1er juillet et le 30 septembre, soit un bond de 69 % par rapport à l’été 2021. Une augmentation sans précédent en vingt-cinq ans. En un an, la barre des 38 000 défauts a été dépassée, selon le cabinet Altares. Le “tout ce qu’il faut” avait certes permis d’amortir les faillites, et un retour au niveau habituel était prévisible. Mais pas si vite. « Depuis février, leur nombre a augmenté entre 40 et 45 % par mois, observe Thierry Millon, directeur des études. Nous ne nous attendions pas à une telle accélération. »

Lire aussi – Inflation, prix de l’énergie : pourquoi les hommes d’affaires s’inquiètent d’une “bombe à retardement”

Au mur énergétique s’ajoute désormais la fin du moratoire sur les dettes sociales, qui a été une bouffée d’oxygène pour les entreprises les plus fragiles. Sans oublier les prêts garantis par l’État (PGE), qui doivent commencer à s’amortir. « Ces différents termes peuvent signifier près de 1 000 euros par mois pour une TPE, Thierry Millon compte. Au printemps, on risque de voir se multiplier les dépôts de bilan, avec un effet d’entraînement sur les fournisseurs. »Ce spécialiste des données d’entreprise estime que 200 000 emplois pourraient être menacés si 50 000 entreprises ferment en 2023. “Le nombre de faillites qu’on pensait atteindre en deux ans, on l’aura en un”anticiper.

Macron pourra-t-il poursuivre son paquet de réformes ?

Surtout parce que, pour se sauver, il n’est plus aussi intéressant de recourir au crédit bancaire. Car les taux d’intérêt augmentent à une vitesse vertigineuse et les caisses de l’État en subissent déjà les conséquences. Emmanuel Macron avait prédit “la fin de l’insouciance” . Nous sommes ici. Dans le projet de loi de programmation des finances publiques, l’exécutif a entériné une augmentation progressive des taux de financement de la France pendant dix ans. Résultats ? Près de 20 milliards de surcoûts pour l’Etat, dus à l’argent devenu plus cher et à l’inflation qui ne cesse de galoper. Tant de fonds qu’il en faudra cruellement pour amortir l’impact d’une récession imminente.

Dans ces conditions, le chef de l’Etat, déjà fragilisé politiquement, pourra-t-il poursuivre son paquet de réformes ? “L’important, ce sont nos capacités de rebond, Analyse de Marc Ferracci. Nous devons continuer à transformer le pays. »La réforme de l’assurance-chômage, qui rend les règles plus protectrices quand l’économie va mal mais moins généreuses quand elle va bien, risque d’entrer en vigueur au moment même où le marché du travail se redresse. Quant aux retraites, certains s’inquiètent d’une dégradation du climat des affaires qui rendra difficile leur adoption. “Mais quand on sortira de la période difficile, elle jouera complète”, veut croire un conseiller de l’exécutif. Peu importe la chute, ce qui compte c’est l’atterrissage…

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*