“Athéna” sur Netflix, c’est beau mais c’est chaud

Prenez un pays, la France par exemple, où les banlieues et la police suscitent de fortes tensions. Ajoutez un film qui explore ce printemps, comme athénaréalisé par Romain Gravasproduit par Netflix et disponible sur la plateforme à partir du 23 septembre.

Mélangez le tout et demandez aux lecteurs de 20 minutes, Ce qu’ils pensent. Vous parviendrez à un consensus sur l’esthétique bouleversante de ce long métrage, mettant en scène de jeunes comédiens convaincants mais servis par des rôles un peu clichés, au service d’une mise en scène faible qui brouille le message de l’oeuvre et provoque de nombreux malentendus.

« Spectaculaire dès les premières minutes »

athéna Il s’ouvre sur un plan-séquence de dix minutes, un festival pour lequel Romain Gravas décline d’emblée ce qui sera le point fort de son film, “spectaculaire dès les premières minutes”, comme le souligne David, l’un de nos lecteurs. « Visuellement, quel exploit. L’utilisation de plans séquences permet au spectateur d’être plongé dans une action bouleversante, où la chorégraphie, préparée au millimètre près, est exécutée avec brio », s’enthousiasme Willou. Paul salue également “les plans séquentiels captivants, les visuels magnifiques et immersifs” qui plongent le spectateur au cœur de l’action.

Tout cela est très beau, peut-être trop. “Le film m’a semblé plus pornographique que politique”, ose Antoine, qui classerait volontiers Athéna dans la catégorie “pornographie anti-émeute”, un concept inventé pour “décrire le voyeurisme des internautes face aux vidéos d’émeutes circulant sur Internet”. .” Quintessence du parallèle, d’Antoine, “ce plan séquence imprégné de chant grégorien” où les CRS en formation de tortues balayent une nuée de mortiers pyrotechniques, semblables à des flèches incendiaires. “Le feu, les flammes, les fumigènes, les explosions remplacent le point culminant du film porno, à savoir l’éjaculation. Tout l’équipement technique est au service de ce salon. Mais ce plaisir pyrotechnique va au-delà du simple plaisir visuel. Le spectateur est galvanisé par le combat héroïque de ces jeunes hommes qui, avec des moyens limités (quelques fumigènes, deux ou trois vélos) viennent à bout d’une police décrite comme une armée sans visage. »

musique de la ville

Nos lecteurs ont été étonnés, mais ils n’ont pas oublié d’écouter. athéna c’est un film sur la banlieue, mais une double pirouette, lexicale et sonore, donne au théâtre de quartier des affrontements des airs de cité grecque antique. Exit le rap, omniprésent dans d’autres films comme Haine. Le réalisateur a préféré accompagner ses scènes épiques de chants grégoriens et de musique martiale. Il y a ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas. « Le choix de la musique est insupportable… Vouloir trop se donner à un style c’est mal », déplore Fabien, tandis que Lylou garde un boulot « mené par une musique digne des plus grands péplums Selon David, cette « excellente bande-son (…) ajoute une profondeur épique aux scènes de la guerre de Sécession superbement chorégraphiées ».

David va plus loin : « Hormis quelques costumes, l’histoire peut être transposée sur des scènes de batailles antiques, puisque cette bande sonore nous donne parfois l’impression de quitter la banlieue pour nous retrouver en pleine guerre gréco-romaine. « Un radeau télévisé de la Méduse accompagné de chants grégoriens dans les moments les plus violents, il fallait oser ! », se défend tout de même Brigitte. Mais pas de quoi apaiser les regrets de Cédric, pour qui la “bande son un peu faible” de cette fiction sur la banlieue a le mérite de ne pas “tomber dans cliché rap ».

Une pile d’instantanés

Mais des images stéréotypées, nos lectrices comme Anissa en mettent en lumière plus d’une. Pour elle, “c’est un film politique et raciste”. Elle résume ainsi le projet du réalisateur : « montrer que les hommes de la ville sont violents et incapables de prononcer une phrase correcte en français. Le rôle des femmes, bien que très important en réalité dans la lutte contre les violences policières, est totalement absent. Les femmes ne semblent pas exister dans sa banlieue imaginaire. »

Du même avis, Abdelmajid n’y va pas par quatre chemins : « Marre de ce genre de film. Ils perpétuent les clichés sur la banlieue. Il n’y a qu’en France qu’on voit ça. Les réalisateurs ne font pas honneur à la quatrième génération d’immigrés qui luttent encore chaque jour contre l’horrible image que véhiculent les lascars des banlieues. « Il nous fallait des protagonistes, bon là on tombe un peu dans les clichés, c’est vrai : un frère aîné qui cherche sa place entre l’uniforme militaire et une famille à faire vivre, un petit frère perdu qui veut faire le sien et qui retrouve le respect de ses pairs assumant le rôle de chef de guerre impromptu, le patron de la ville, le trafiquant d’armes furieux et le Français converti piégé en S. Tout cela dans un contexte de population noire ou arabe. L’évidence de l’image d’Epinal saute aux yeux… », du moins à celle de David.

Comme Willou, la plupart de nos lecteurs s’accordent à dire que le scénario “n’est pas le point fort de ce film”. La fin de l’histoire concentre également une grande partie des critiques. Mais nos critiques amateurs ont apprécié la performance des acteurs majoritairement masculins (Dali Benssalah, Sami Slimane, Anthony Bajon, Ouassini Embarek, Alexis Manenti…). “Des acteurs tous aussi doués les uns que les autres”, tranche Lylou et avec une “précision remarquable” selon Olivier.

un message confus

Après avoir vu le film, Brigitte estime que “les maux remplacent les mots”. Beaucoup déplorent la pauvreté des dialogues de ces bons acteurs. « Athéna ne verbalise pas ses propos, note Olivier. Si le script est simple, c’est que les images n’ont parfois pas besoin de mots. Les destins tragiques des “héros” n’ont pas toujours besoin d’être jugés verbalement par un personnage qui serait le porte-parole d’une certaine idéologie. C’est au spectateur de comprendre ce qui est montré. « Sauf que le téléspectateur a parfois encore du mal à suivre. “Le décor met policiers et émeutiers sur un pied d’égalité et l’histoire les fait lutter côte à côte contre l’hydre fasciste, mais la mise en scène contredit cette affirmation en jouant face à face”, analyse Antoine, pour qui la “révélation finale (…) contredit tout le travail de mise en scène.

Selon Lou, “le vrai problème (qui est responsable de la mort du petit frère ?) se termine par une résolution qui est tout à fait consensuelle”, faisant d’Athéna un film “ni de gauche ni de droite, mais creux”. . Pour elle, “c’était pourtant le sujet idéal pour décortiquer la mécanique de l’impuissance chez les plus démunis et celle de l’extrême droite pourrissant les forces de l’ordre”. David propose une lecture originale. Selon lui, regarder athéna « Les lucides verront que notre monde est perdu à ne plus vouloir écouter la seule voix raisonnable, celle de l’information vérifiée qui ronfle en vain dans le brouhaha des préjugés et des réseaux qui les transmettent. Plus qu’un film sur les banlieues, les gentils jeunes et les mauvais flics (ou l’inverse) c’est un film sur la valeur de l’information, du recul et de l’objectivité dont chacun devrait toujours faire preuve avant d’agir ou de hurler avec les loups. »

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